C'est en redécouvrant Fenêtre sur cour, que je me suis souvenue à quel point c'était une mauvaise idée de mater chez le voisin.
Dommage que Charlie Brewster ne l'ait pas su plus tôt.
Charlie c'est un peu l'ado que je suis encore, fan d'horreur, de films de série B, qui a une petite vie tranquille et qui ne demande rien à personne. Il est attachant dès les premières minutes du film.
"Vampire, vous avez dit vampire ?" est une comédie horrifique. Le personnage de Charlie, qui se retrouve embarqué dans quelque chose qui le dépasse et qui devient malgré lui le héros de l'histoire, sert totalement le propos. La notion d'anti-héros se prête parfaitement à la comédie et vient ajouter de la légèreté à l'aspect horrifique du film. Cet équilibre parfait entre la comédie et l'horrifique est d'ailleurs un des plus gros atouts du film. On obtient ainsi un véritable bijou de divertissement. Le ton du film est parfaitement bien dosé et on ne s'ennuie pas une seconde.
Quoi de mieux pour aider notre anti-héros qu'un autre anti-héros ?
Le personnage de Peter Vincent est également un des points forts du film. Version cheap et désabusée d'Abraham Van Helsing, il est à lui seul, un hommage au film de genre. Animateur ringard et sur le déclin, Peter Vincent nous rappelle à tous que si l'imitation est la forme la plus sincère de l'admiration, la parodie est une déclaration d'amour. Ce piètre chasseur de vampire, qui ne croit plus en ce qu'il fait ni en ce qu'il est, deviendra lui aussi malgré lui, le héros qu'il ne pensait jamais être.
Mais le plus gros atout de ce film reste à mon sens le traitement du personnage féminin, Amy, interprétée par Amanda Bearse.
Amy est au premier abord une jeune fille discrète. Pendant la première partie du film, elle peine à être autre chose que "la copine de Charlie". Jusqu'à sa rencontre avec l'antagoniste, Jerry Dandridge et la fameuse scène du nightclub. Les incohérences de cette scène sont beaucoup trop nombreuses et trop flagrantes pour ne pas être en réalité, savamment calculées. Et si cette scène était tout simplement géniale, et n'était pas juste une scène de danse bourrée de faux raccords ?
Amy entre dans le club avec Charlie, elle est effrayée, elle pleure. Elle porte une veste, un chemisier, et une jupe.
"Charlie, i'm really scared..."
Soudain, elle croise le regard de Jerry et est attirée vers lui comme un aimant. Les pinces qu'elle portaient dans ses cheveux ont disparu.
Amy saisit sa main et avance vers la piste de danse. Sa veste a disparu.
Au rythme de la musique, au fur et à mesure des étreintes de Jerry, Amy se révèle.
Personnellement, je pense que dans cette scène, Amy ne se connecte pas seulement à Jerry, elle se connecte à elle-même, pour progressivement abandonner la petite fille et se révéler en tant que femme. On peut aussi remarquer que sa coiffure est aussi très différente, plus volumineuse, plus sensuelle. La métamorphose d'Amy n'est pas seulement physique. Elle prend pleinement conscience de sa féminité et est à l'écoute de ses désirs. La jeune fille effacée et apeurée ose des gestes sensuels, soudainement elle s'affirme et déborde de confiance en elle.
La beauté d'Amanda Bearse, qui n'avait pas retenu mon attention au début du film, ici, me saute aux yeux.
Et tout fait sens, les pinces qui disparaissent : adieu la coiffure de petite fille!
La veste : je m'assume, je ne me cache plus
Cette transformation s'achève en apothéose quand Amy devient un vampire. Des cheveux roux flamboyants et une robe blanche, qui n'est pas sans rappeler celle de Marylin Monroe. Le roux de ses cheveux n'est pas un choix anodin, le rouge c'est le feu, la vie. Il représente la renaissance d'Amy en tant que femme. D'ailleurs, ce look me fait étrangement penser à celui du personnage de Lucy dans le Dracula de Coppola, coïncidence ? Je ne sais pas :)
Quand Charlie retrouve finalement Amy dans le nightclub, il est trop tard. La petite fille quelconque est maintenant une femme, qui n'aura plus jamais peur, ni d'elle même ni des autres.
Petite aparté également sur le choix de la musique dans cette scène. Le morceau joué quand Charlie retrouve Amy dans les bras de Jerry, s'intitule "Give it up", qui signifie littéralement "Laisse tomber". Subtil, vous avez dit subtil ?
La révélation de la féminité par le biais de l'aspect esthétique ou de scènes de danse est un motif récurrent du film de vampire. On le retrouve notamment dans le Dracula de 1979. Le choix du nightclub et le jeu de lumière rappelle aussi la scène d'amour ultra kitsch de ce même film. Mais plus récemment, Francis Ford Coppola a repris cette idée dans son Dracula, à travers le personnage de Mina. Pudibonderie, chignon tiré et col fermé, qui laissent place à une robe d'un rouge flamboyant, à des cheveux détachés et au rythme d'une valse. Elle se saisira même d'une arme à la fin du film et trouvera en elle la force de libérer celui qu'elle aime. Mina devient aussi une femme après sa rencontre avec le vampire.
Le vampire est-il le meilleur ami de la femme ? Je ne sais pas, mais le vampire du film qui m'intéresse aujourd'hui est absolument irrésistible. Chris Sarandon, à l'époque peu familier du genre horrifique, a décliné le rôle une première fois, ne souhaitant pas être "le méchant" d'un film d'horreur. Pour mon plus grand bonheur, il a changé d'avis. Cette volonté de ne pas vouloir être le méchant, permet à Chris Sarandon de miser la majeure partie de son interprétation sur le charme et la séduction. Des dents acérées derrière un sourire charmeur et des griffes dans un gant de velours. Je trouve personnellement son interprétation assez proche de celle de Frank Langella. Ils partagent cette idée de "je suis toujours terriblement élégant mais je ne le fais pas exprès"
Chris Sarandon est en quelque sorte le prolongement du Dracula de 1979, complètement ancré dans une ambiance réaliste des années 80. (Frank Langella aurait lui aussi été sublime dans la scène du nightclub)
"Vampire vous avez dit vampire" est un vrai bonbon kitsch à savourer sans modération. Une ambiance complètement ancré dans les années 80 (coiffures, stylisme, effets visuels...), qui vous rappellera certainement l'univers du clip Thriller de Michael Jackson.
Idéal pour vos soirées d'Halloween, c'est à la fois le film et le paquet de chamallow qui va avec.