Il en est pour reprocher à Van Gogh de ne rien leur apprendre sur la vie du peintre. Comme si un biopic devait remplacer la lecture d'une biographie. De toute manière, les biopics n'apprennent rien ou pas grand chose sur leur sujet et tout sur ceux/celles qui les ont produits. On ne sait rien sur Mercury après Bohemian Rhapsody, on sait par contre que ses concepteurs aiment bien faire rentrer sa vie dans le moule des clichés hollywoodiens. Raging Bull nous apprend que les boxeurs pouvaient être aussi violents dans l'intimité que sur le ring. Mais au fond il nous apprend bien plus sur les tourments religieux du scénariste Schrader, tourments que ce dernier a plaqués sur LaMotta. Il nous raconte aussi la détestation de Scorsese pour la boxe, le cinéaste filmant les combats comme une scène gore. Et Citizen Kane, biopic de Randolph Hearst déguisé en fiction, nous dit de toute façon qu'un mot ne saurait résumer la vie d'un homme. Alors pourquoi un film le devrait-il?
Van Gogh nous raconte avant tout l'exaspération de Pialat concernant les clichés autour du grand artiste, vus à Hollywood ou ailleurs. Contrairement à Cameron qui nous gueule dans Titanic "Regardez, il aime pas Picasso, c'est le méchant du film !", il ne juge jamais les personnages qui détestent la peinture de Van Gogh. Il n'inclut aucun élément signalant que Van Gogh serait un génie. Il raconte aussi que l'époque avait des préoccupations plus importantes que de se demander si Van Gogh était ou pas un génie incompris. Il y a eu la Guerre de 1870, qui va ouvrir les vannes de la haine d'extrême-droite. Et de l'autre la Commune, qui annonce les rêves révolutionnaires d'extrême-gauche. La France va se fracturer et la scène de la fête du bordel, citant Le Massacre de Fort Apache, incarne comme chez Ford un bref moment d'union avant les guerres fratricides.
Enfin, Marguerite opposera au mythe Van Gogh l'homme qu'elle a connu, un être qui l'a émancipée et lui a ouvert d'autres horizons. Pialat voudrait hurler qu'il ne faut pas regarder l'artiste comme un mythe. Peine perdue: son mythe à lui était déjà bien établi au moment de la sortie du film. De toute façon, les briseurs de mythe finissent toujours par devenir des mythes à à leur tour: Leone, Scorsese, Peckinpah, Francis Ford Coppola... Pialat, comme eux cinéaste de première importance, a eu droit au même tarif.