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Festin royal
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le 16 oct. 2010
(Vu le 08/05/26)
Vatel est un film réellement impressionnant dans l'amplitude de sa reconstitution : celle des trois jours de fête, donnés par Louis II de Bourbon-Condé, au château de Chantilly lors de l'année 1671. C'est à cet événement que le fameux François Vatel, maître d'hôtel du Grand Condé, se suicide pour un malheureux malentendu sur un arrivage de poissons qu'il ne pensait jamais recevoir. Ces gigantesques festivités sont à l'honneur du roi Louis XIV afin que le Grand Condé retrouve les bonnes grâces de Sa Majesté et puisse se réconcilier, alors que par le passé, le célèbre général avait changé de camp lors de la Fronde. C'est aussi l'occasion pour ce dernier de récupérer un commandement pour une éventuelle campagne militaire contre la Hollande. De ce fait, les fêtes servent surtout un projet politique et des intérêts de pouvoir. C'est pourquoi Vatel doit satisfaire à la fois son prince et l'exigeant Roi-Soleil afin que Condé obtienne ce qu'il souhaite. Une pression énorme pèse sur les larges épaules du chef de la main-d'œuvre. On remarque rapidement que le personnage n'est pas le garant d'une mission royale, mais qu'il en est l'esclave. Là se trouve tout le propos du long métrage : filmer les clairs-obscurs des préparatifs derrière la flamboyance fastueuse de la Cour royale.
Comme à l'accoutumée, Joffé filme le parcours d'un martyr dans une approche réaliste et dans lequel son cadre capte un fourmillement de détails et une masse importante de gens, autant princière que populaire. Là où se projettent les décors luxueux et lumineux de Chantilly, les banquets hors normes, des spectacles en décor à taille réelle et des feux d'artifice, se cache l'univers plus sombre, froid, rude, bruyant et grouillant des cuisines. Pendant que la cour se prélasse dans l'oisiveté et l'apparat, les ouvriers s'activent dans une urgence des plus stressantes. Il se forme ainsi un contraste quasi absurde entre une Cour arrogante, intraitable, déconnectée d'un peuple appauvri alors que l'argent coule à flot pour les fêtes, pleine de sous-entendus et d'intrigues, et un inframonde à l'intérieur de celle-ci qui tente simplement de survivre. C'est ainsi que l'on suit Vatel dans un long mouvement perpétuel où il se love entre les cuisines, l'immense château et les jardins. Joffé le fait naviguer dans une forme de verticalité, de bas en haut, afin d'appuyer sur le fort contraste de ces deux mondes. Il en résulte une impression de labyrinthe duquel les cadrages obliques accentuent le sentiment de renversement face à tant de luxe et en même temps de pauvreté. Gérard Depardieu porte une partie du film sur son dos et son jeu, tout en sobriété, colle à l'humilité du protagoniste. Ce dernier est le prototype de l'homme se trouvant issu d'un milieu modeste et qui se voit broyé par les rouages implacables des élites. Par son entremise, le cinéaste filme des scènes plus intimes, surtout qu'à cela se greffe une histoire d'amour entre le maître d'hôtel et une courtisane aristocratique fictive.
Malheureusement, cette intrigue est anodine, tant elle impacte peu les enjeux. Certes, le personnage féminin peut servir d'œil témoin des inégalités : elle fait le lien entre ces deux dimensions opposées, puis elle souligne le rapprochement impossible entre les deux classes. Elle permet aussi de nuancer le visage hypocrite de la cour, qui reste fascinante (c'est un vrai plaisir de voir tous les personnages historiques s'entrecroiser), et de ne pas offrir uniquement des portraits acides, mais aussi touchants, comme celui du frère du roi, Monsieur, qui voit en Vatel quelqu'un ayant pu sonder son âme. Seulement, on ressent une forme d'artificialité et une romance assez forcée, puisque le propos de fond se suffisait à lui-même à travers Vatel et son rapport à la classe supérieure. Sans elle, il était déjà aisé de comprendre que le monde aristocratique était une prison dorée pour Vatel. Dès ce moment-là, la cause de son suicide était claire. Elle n'est pas que le fruit de l'honneur (la réelle cause historique), mais celle de l'impossibilité de ne pouvoir se détacher des chaînes de l'exploitation et d'une surcharge de travail inhumaine. L'auteur donne la sensation qu'il s'éparpille à gauche et à droite, car il voudrait approfondir son propos, mais aussi s'immiscer dans le drame amoureux et les complexités sociales et politiques de la cour. Pour autant, Vatel reste une œuvre habilement agencée et rythmée, agréable à regarder et contenant une élégance toute en harmonie et contraste.
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le 10 mai 2026
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