Loin d'être ma période cinématographique favorite, les années 30 n'en restent pas moins des années importantes, où le talent de certains grands cinéastes a pu apparaître aux yeux du monde entier. Même s'il a largement commencé avec le muet, c'est notamment le cas de John Stahl, qui par la suite inspirera tant de classiques à Douglas Sirk, dont on peut dire qu'il est son « remakeur » attitré (celui-ci n'échappera d'ailleurs pas à la règle avec « Les Amants de Salzbourg » dix-huit ans plus tard). Si j'ai un « souci » avec cette époque, c'est notamment à cause des réalisations d'alors, avec caméra presque constamment fixe, ne permettant pas beaucoup de possibilités techniques.


Toutefois, ce « problème » s'estompe très vite devant la délicatesse dont fait preuve le cinéaste vis-à-vis de ses personnage et de l'intrigue. Aucun jugement, aucun cynisme, juste une belle histoire d'amour dont on comprend vite qu'elle sera très compliquée, pour ne pas dire impossible. La force de Stahl est pourtant de parvenir constamment à maintenir l'illusion, de nous donner follement envie d'y croire, que ce soit par l'infinie douceur des dialogues ou la sensibilité des situations, mettant en lumière deux personnages particulièrement attachants, dont le comportement peut pleinement se justifier à chaque instant, même s'il est difficile à accepter pour l'autre.


C'est juste beau, avec quelques scènes d'une étonnante poésie


(la barque au milieu de l'église envahie par l'eau : vraiment très joli)


et un duo Charles Boyer - Irene Dunne confirmant qu'il était l'un des plus séduisants de sa génération, comme il l'avait d'ailleurs déjà prouvé dans la première version d' « Elle et Lui ». Peut-être aurait-il fallu un sous-texte politique plus présent et plus engagé, mais vu que nous ne sommes qu'en 1939, parler de l'importance des syndicats dans la lutte pour le droit des femmes (au travail, en l'occurrence), c'est à souligner. Bref, malgré un léger manque d'ampleur, il ne serait que justice de redécouvrir ce mélo ayant tout pour nous aller droit au cœur : une veillée qui mérite amplement qu'on lui consacre une soirée.

Caine78
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le 3 déc. 2018

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