Black Friday joue avec les codes du cinéma fantastique en les intégrant à une matière qui serait celle du film noir : en résulte une production aussi déséquilibrée que son protagoniste, déclinaison offerte au trouble identitaire du Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886) écrit par Robert Louis Stevenson, qui a l’intelligence de s’emparer d’une horreur réaliste et sensationnaliste (la médiatisation du procès, la chaise électrique, la greffe de cerveau…) à des fins intimistes – en témoigne l’évolution des décors, qui articulent espace public et espace privé. En cela, l’ouverture se révèle remarquable de dynamisme, passe des gros titres annonçant l’exécution du docteur Sovac au cours dispensé par un professeur respecté de ses étudiants, oxymore que la suite entretiendra avec intérêt, tous les deux rassemblés par l’image de l’individu au contact d’un public. La mise en scène soignée d’Arthur Lubin et la qualité de l’interprétation, mention spéciale à Boris Karloff, constituent deux qualités supplémentaires justifiant le visionnage de cette série B bien exécutée.