Un Français qui s’appelle Costello, porte l’imper et le feutre, et joue les tueurs à gages, forcément il n’y en a qu’un et c’est Alain Delon. C’est d’ailleurs spécialement pour lui que Johnnie To avait imaginé ce film que le samouraï français a fini par refuser. Du coup, c’est notre Johnny national qui s’y cogne. Figure tout de suite iconique quand il entre dans le champ de la caméra, il n’empêche qu’en dépit de sa gueule burinée et de voix caverneuse à souhait, on se dit qu’Alain Delon aurait autrement eu la tronche de l’emploi pour jouer les redresseurs de torts en Asie. Mais ne tirons pas sur l’idole des jeunes qui, s’il n’est pas un grand acteur et a toujours du mal, même quand il joue la comédie, à se départir de son statut de bête de scène, incarne un personnage qui est loin d’être ridicule. Cela est d’autant plus vrai qu’il est servi par une réalisation toujours aussi classe et une véritable atmosphère. Et puis les histoires de règlements de comptes chez Johnnie To vont au-delà du gunfight de luxe, c’est toujours aussi un tableau de personnages hauts en couleurs. Avec ce Vengeance, on est servi.


Bien entendu, le résultat ressemble beaucoup à un simple exercice de style. Quand les flingues sortent, ils crachent du feu dans la nuit, ricochent contre les arbres, ratent souvent leurs cibles mais blessent cruellement quand ils font mouche. Cela ressemble, certes, à un ballet un trop précisément orchestré, mais c’est efficace. La musique de Lo Tayu accompagne chacune de ces scènes avec goût entre mouvements symphoniques et textures électroniques. Tout cela contribue à une ambiance de très bon goût qui assure au film un style travaillé et fort appréciable. Là où ça fonctionne moins bien, c’est quand le récit perd en crédibilité. Au début, notre Johnny est, certes, une bête blessée, mais à partir du moment où il annonce à ses nouveaux amis qu’il perd la mémoire, il se met réellement à la perdre totalement, ce qui amène une rupture difficile à accepter. Cela est d’autant plus vrai que cette révélation déplace le sens du récit.


Vidée de sa substance purement vengeresse, la dernière ligne droite perd en intensité ce qu’elle gagne peut-être avec de nouvelles idées de mise en scène. Alternant les tons, Johnnie To enrichit son propos, mais perd assurément en force. Par bonheur, il ne gâche pas son projet, mais la disparition de certains personnages auxquels on s’était attaché est préjudiciable. Il n’en demeure pas moins qu’on se retrouve avec une série B classieuse, rehaussée pour nous Frenchies de la présence de Johnny et de diverses trouvailles de mise en scène alternant instants poétiques et ballets violents bien maîtrisés.


6,5

Play-It-Again-Seb
7

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le 9 nov. 2025

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