Quand une écrivaine accepte d’aller travailler dans une immense maison isolée auprès d’une romancière mystérieusement paralysée, je me dis qu’il existe probablement des missions freelance moins dangereuses. Mais Lowen, elle, ne semble pas avoir consulté la rubrique « conditions de travail » avant de signer.
Dans "Verity", Lowen Ashleigh, une écrivaine qui peine à vivre de sa plume, accepte de devenir la prête-plume de la célèbre Verity Crawford, incapable de poursuivre sa série après un terrible accident. Elle s’installe donc dans la demeure familiale et commence à fouiller dans les documents de Verity pour comprendre son univers littéraire. Sauf qu’elle découvre rapidement un manuscrit particulièrement dérangeant qui remet en question tout ce qu’elle croyait savoir sur la famille Crawford. À partir de là, la frontière entre vérité, fiction, manipulation et obsession devient aussi nette qu’une vitre fraîchement nettoyée… dans le noir.
Ce qui m’a immédiatement accroché, c’est l’atmosphère. Michael Showalter installe un huis clos élégant, inquiétant et volontairement vénéneux. La grande demeure isolée, les silences, les regards et les petits détails donnent constamment l’impression que quelque chose cloche. Je ne sais pas exactement quoi, mais je sais que je n’aurais probablement pas dormi dans la chambre d’amis.
J’ai surtout apprécié la manière dont le film joue avec mes certitudes. Qui dit vrai ? Qui manipule qui ? Est-ce que ce que découvre Lowen est authentique ou fait partie d'un jeu beaucoup plus pervers ? Le scénario me pousse régulièrement à changer d’avis, puis à changer encore d’avis. À ce petit jeu, mon cerveau a fini par demander une pause syndicale.
Et c’est précisément ce que j’attends d’un thriller psychologique : me faire douter. Le film ne se contente pas de poser un mystère ; il construit progressivement une relation de méfiance entre les trois personnages principaux. Lowen devient fascinée par Verity, intriguée par Jeremy et de plus en plus prisonnière de cette maison qui ressemble de moins en moins à un lieu de résidence et de plus en plus à une expérience psychologique grandeur nature.
Le trio fonctionne particulièrement bien. Dakota Johnson apporte à Lowen une fragilité et une ambiguïté intéressantes. Je la trouve convaincante dans cette évolution progressive d’une jeune femme extérieure à cette famille vers quelqu’un qui commence à en devenir dangereusement proche.
Mais Anne Hathaway m’a surtout impressionné. Elle joue Verity avec une présence extrêmement troublante. Son personnage ne pouvant quasiment pas communiquer normalement, l’actrice doit énormément travailler avec le regard, les expressions et la présence physique. Et lorsque le film commence à brouiller les pistes, son interprétation devient encore plus fascinante.
Josh Hartnett complète efficacement le triangle. Jeremy est volontairement difficile à cerner et le film joue beaucoup sur cette ambiguïté. Est-il simplement un mari et un père dévasté ou cache-t-il quelque chose de beaucoup plus inquiétant ? Personnellement, je me suis méfié de lui presque immédiatement. Dans ce genre de film, quand quelqu’un est trop sympathique, c’est généralement le moment de vérifier où sont les sorties de secours.
La mise en scène est assez élégante et la photographie participe beaucoup à cette ambiance de thriller domestique. Le film assume clairement une esthétique de thriller des années 1990, avec une maison luxueuse, des secrets de famille, une sensualité omniprésente et cette sensation permanente que les personnages sont à deux doigts de prendre une très mauvaise décision.
Et j’ai aimé ce côté assumé. Je comprends parfaitement les critiques qui trouvent le film kitsch ou excessif, mais personnellement, je trouve que cette démesure fait partie de son charme. Verity n’est pas vraiment le genre de thriller qui vous demande de prendre des notes pour résoudre une affaire criminelle avec une carte, douze punaises rouges et une ficelle reliant les suspects.
Le scénario, lui, est beaucoup plus discutable. Il accumule les révélations et les retournements avec une gourmandise presque coupable. Certains rebondissements fonctionnent très bien parce qu’ils me prennent à contre-pied. D’autres sont nettement plus difficiles à avaler.
Mais je dois reconnaître une chose : je me suis laissé embarquer.
Même lorsque je voyais venir certaines ficelles, j’avais envie de connaître la suite. C’est peut-être là que le film réussit quelque chose que ses détracteurs lui reconnaissent moins : il est sacrément efficace pour maintenir ma curiosité. Les révélations s’enchaînent, les personnages deviennent de plus en plus ambigus et chaque nouvelle information me donne envie de revoir mentalement ce que je viens de voir.
Le dernier acte risque évidemment de diviser. Certains spectateurs le trouvent surprenant et particulièrement efficace, tandis que plusieurs critiques estiment au contraire que le dénouement arrive trop rapidement et ne possède pas la force nécessaire pour conclure toutes les ambiguïtés installées précédemment.
Personnellement, je suis plutôt du côté de ceux qui ont apprécié cette volonté de me laisser avec un doute. Je préfère parfois une conclusion qui me fait discuter du film en sortant plutôt qu’une explication qui arrive avec un PowerPoint intitulé « Voici exactement ce que vous devez penser ».
J’ai également apprécié la dimension autour de l’écriture et de la célébrité littéraire. Lowen n’entre pas seulement dans une famille : elle entre dans l’univers d’une écrivaine à succès dont elle doit reprendre l’œuvre. La fascination pour le talent, l’argent, la maison, la célébrité et la possibilité de prendre la place de quelqu’un d’autre ajoute une couche intéressante à l’histoire.
Le film joue donc autant sur la peur que sur la tentation. Lowen est attirée par ce monde qu’elle découvre, même lorsqu’elle comprend progressivement qu’il est dangereux. Et cette contradiction rend son parcours assez intéressant.
Je comprends que certains spectateurs puissent rester complètement hermétiques au mélange de thriller, de romance, de sensualité et de mélodrame. La réception française est d’ailleurs très partagée, avec des spectateurs qui saluent le huis clos et le trio d’acteurs tandis que d’autres trouvent le scénario trop artificiel ou prévisible.
Mais de mon côté, j’ai vraiment accroché à cette ambiance malsaine et à cette succession de retournements. Je sais parfaitement que tout n’est pas crédible. Je sais aussi que certaines situations semblent avoir été écrites après quelques cafés beaucoup trop serrés. Mais j’ai passé mon temps à me demander ce qui allait arriver ensuite, et pour un thriller, c’est quand même une qualité assez fondamentale.
J’ai particulièrement aimé la confrontation psychologique entre Lowen et Verity. Le film transforme progressivement cette relation en duel silencieux où chacune semble essayer de comprendre l’autre tout en cachant ses propres intentions. Et quand je commence à me demander lequel des personnages est le plus dangereux, je sais que le film a réussi à m’attraper.
Je le recommande donc particulièrement aux amateurs de thrillers psychologiques, de huis clos vénéneux et de secrets de famille bien gratinés. Ceux qui recherchent une intrigue parfaitement réaliste risquent de lever quelques sourcils. Moi, j’ai préféré les garder baissés pour mieux profiter du spectacle.