Vesna (Printemps) est une coproduction entre la Lituanie, l'Estonie et la France, dont le réalisateur, Rostislav Kirpičenko, est né en Lituanie, a grandi en Ukraine avant de s'installer à Paris, En Ukraine occupée, il est interdit aux familles d'organiser les funérailles de leurs morts, les troupes russes se chargeant, à intervalles réguliers, de les enterrer dans une fosse commune. Dire que Vesna est un long métrage irrespirable, parfois insoutenable est un euphémisme. Et pourtant, le film ne traque ni le morbide ni le sordide, dans une description constamment poignante de la vie de civils, victimes innocentes de la guerre. S'il est extrêmement documenté, le récit suit les rails d'une fiction sans concession, dans laquelle plusieurs personnages, dont un prêtre et un adolescent, occupent une place particulière, au milieu de forces d'occupation sans la moindre pitié. La puissance de la mise en scène de Kirpičenko s'exprime en continu, mais plus particulièrement dans la dernière partie du film, qui évoque par bien des aspects une tragédie antique. Ce n'est pas le genre d'œuvre dans laquelle on plonge en attente de légèreté. Il n'y a à vrai dire aucun répit durant plus de 90 minutes. Mais c'est dans cette exigence que réside la force de Vesna. À ses spectateurs d'avoir le même état d'esprit que l'équipe qui a réalisé ce film, avec l'intime conviction que témoigner d'une réalité, aussi cruelle soit-elle, était une pure nécessité.