VHS Kahloucha
6.4
VHS Kahloucha

Documentaire de Néjib Belkadhi (2008)

Un amoureux du 7è Art, qui se dévoue corps et âme pour réaliser des films avec des bouts de ficelle.

Moncef Kahloucha, peintre en bâtiment, est un grand fan des films de genre des années 70. C’est dans le quartier déshérité Kazmet à Sousse, en Tunisie, qu’il s’adonne à sa plus grande passion, celle de réaliser des films. Sans argent, sans acteur confirmé et pire encore, sans scénario, il réalise avec des bouts de ficelle des films d’action dans lesquels ses amis et habitants du quartier viennent jouer. Moncef y est multi-casquette et prend soin de toujours s’octroyer le premier rôle dans chacun de ses films.


Néjib Belkadhi dresse un portrait touchant et sincère, celui d’un réalisateur haut en couleur (et qui n’est pas sans rappeler Nothingwood (2017) de Sonia Kronlund, sur le “Ed Wood afghan”). On y découvre un réalisateur dévoué au 7è Art et qui offre aux habitants du quartier, comme une parenthèse enchantée, lorsqu’ils viennent jouer dans ses films ou lorsqu’ils affluent dans le café du coin pour assister à la projection de son dernier film (diffusé en format VHS, sur une télé à tube cathodique) et ainsi, s’évader de la morosité ambiante.


Moncef Kahloucha est un grand fan d’acteurs français & américains qui l’ont bercé dans les 70’s (Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Bruce Lee, Jim Kelly ou encore Charles Bronson) et on devine chez lui cette envie de s’en inspirer (du moins, à sa façon). Séquence mémorable lorsqu’il imite Clint Eastwood, faux cigare à la bouche et chapeau, non pas de cowboy, mais de pirate sur la tête.


Le documentaire nous amène à la rencontre de divers protagonistes, tels que son caméraman. Ce dernier, spécialisé dans les films de mariage, était venu filmer la circoncision de son neveu, c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés et depuis, avec son caméscope VHS Panasonic M3500, il le suit sur chacun de ses films. On découvre aussi divers acteurs qui font aussi office de cascadeurs récurrents sur ses films, ainsi que sa mère, qui est d’un grand soutien.


VHS Kahloucha (2008) est un petit bijou qui nous entraîne dans la folie cinéphilique de ce réalisateur de Séries B (voire Z). Digne héritier de Roger Corman, il n’hésite pas à se grimer en peau de léopard lorsqu’il réalise (et incarne) “Le Tarzan des arabes”. D’ailleurs, le film n’est pas avare en scène cocasses ou anecdotes, notamment lorsqu’il incarne Tarzan (son cri est mémorable) et qu’il se bat avec un loup (empaillé). Moncef ne recule devant rien pour réaliser ses films, comme en atteste cette scène surréaliste où, après qu’un chef de gang se soit fait tirer dessus, Moncef s’entaille le bras afin de lui appliquer du sang (n’ayant pas de faux sang en guise de maquillage). Il est tellement impliqué dans ses films qu’il ne recule devant rien pour mener à bien ses projets, comme lorsqu’il décide de foutre le feu dans la maison de sa mère pour assurer l'une des scènes clés de son prochain film. Au détour d’une scène, on apprend même qu’il recrute les poivrots du quartier en tant qu’acteurs, quitte à devoir les rémunérer en… bouteilles d’alcool.


Débrouillardise et "système D" sont les maîtres mots de ce réalisateur qui loue ses VHS pas plus de la durée du film, afin de s’assurer que ses clients n’aient pas le temps de faire de copie pirate. Enfin, le film tend aussi un miroir vers la société tunisienne, entre pauvreté, misère et cette nouvelle génération qui cherche à immigrer en Europe (le parallèle qui y est fait en Italie avec la diaspora tunisienne qui rit aux larmes en découvrant les films de Moncef se passe de commentaire).


(critique rédigée en 2008, actualisée en 2025)


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le 10 juin 2012

Modifiée

le 23 juin 2025

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