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Ali-Wood
L'histoire du cinéma ne retiendra sans doute jamais le nom de Moncef Kahloucha ; pourtant, ce doux dingue est un amoureux fou de cinéma et, depuis de nombreuses années, il tourne des films avec les...
le 9 avr. 2026
L'histoire du cinéma ne retiendra sans doute jamais le nom de Moncef Kahloucha ; pourtant, ce doux dingue est un amoureux fou de cinéma et, depuis de nombreuses années, il tourne des films avec les moyens du bord et les habitants du quartier de sa ville natale de Sousse, en tentant de reproduire avec affection les films qui ont marqué son enfance… Une sorte d'Ed Wood tunisien pour qui l'amour du cinéma passe vraiment au-dessus de tout.
VHS Kahloucha suit donc le parcours atypique de Moncef Kahloucha à travers le tournage de son film Tarzan des Arabes. Sous le regard bienveillant du réalisateur Nejib Belkadhi se dessine alors le portrait d'un rêveur d'images capable de fédérer tout un quartier autour d'un simple projet de cinéma.
Moncef Kahloucha ne gagne pas sa vie grâce au cinéma : il est peintre en bâtiment et tourne ses films dès qu'il possède un peu de temps libre. À la fois réalisateur, scénariste, producteur, acteur, décorateur, responsable des effets spéciaux, directeur de casting, distributeur, cascadeur et exploitant, Moncef Kahloucha est un authentique doux dingue de cinéma qui rêve, depuis qu'il est gamin, d'être tout à la fois Alain Delon, Belmondo, Bruce Lee, Johnny Weissmuller, Clint Eastwood, Sergio Leone et Christopher Lee. Si le personnage haut en couleur prête souvent à sourire, comme lorsqu'il tente une imitation moisie de Clint Eastwood avec un chapeau de cow-boy improvisé sur la tête, il n'est jamais ridicule sous le regard bienveillant de la caméra de Nejib Belkadhi. Car derrière les anecdotes hilarantes, on découvre surtout un cinéaste amateur intègre et capable de réunir, autour d'un projet de divertissement, pas mal de laissés-pour-compte de la société tunisienne. Moncef Kahloucha engage pour ses films les petits truands de la ville entre deux séjours en prison, les alcooliques du quartier qu'il paie souvent en bouteilles de vin, les gamins, les chômeurs, et offre des rôles aux femmes du village, parfois en cachette de leurs maris jaloux. Moncef Kahloucha offre tout simplement du rêve et transcende les vieux préceptes de la société tunisienne pour quelques heures de divertissement.
Moncef Kahloucha est un authentique autodidacte dont l'amour du cinéma tient presque du sacrifice et du don de soi. Avec son caméraman rencontré alors qu'il filmait la circoncision de son petit frère et son monteur avec lequel il s'engueule souvent sur la vision profonde du film, Moncef Kahloucha tourne vaille que vaille ses films de gangsters et ses films d'horreur comme son Dracula interdit aux moins de trente ans. Ce cinéaste fou récupère ses accessoires qu'il trimbale dans un sac plastique au souk du coin, engage les habitants et organise son propre réseau de distribution avec des copies VHS qu'il diffuse dans des bars sur des télévisions ou loue pour quelques heures histoire d'éviter les copies pirates. Car attention si vous gardez trop longtemps la précieuse VHS chez vous, Kahloucha (qui fait également office d'Hadopi local) débarque en personne chez vous pour venir récupérer le précieux sésame.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Moncef Kahloucha ne ménage pas ses efforts pour aller au bout de ses rêves de cinéma : comme lorsque, pour maquiller son acteur qui vient de se faire tuer (et à défaut d'égorger une poule), il s'entaille généreusement le bras avec une lame pour le badigeonner de quelques gouttes de sang. Tournant sans autorisation, laissant à ses acteurs le soin de faire cascades et bagarres sans protections, Moncef Kahloucha ne recule devant rien pour une bonne scène et, pour le besoin du climax de son film, il n'hésite même pas à brûler l'appartement de sa sœur, avec toutefois l'accord de sa mère. Plus limite moralement, Moncef Kahloucha engage les alcooliques contre quelques bouteilles de vin afin qu'ils se fassent taper dessus pour les besoins des scènes de bagarre. Mais l'auteur, acteur, réalisateur fait lui aussi ses cascades dangereuses, comme quand il se bat sans protection et à mains nues contre un vieux loup miteux empaillé.
Peu importe l'argent et le talent, Moncef Kahloucha respire, transpire le cinéma et il y a un je-ne-sais-quoi de très touchant à le voir s'endormir avec la tête pleine de rêves de cinéma populaire. Et lorsque arrive enfin l'heure de la diffusion de son film en VHS sur la télévision du café du village, même si son film provoque une franche hilarité pas toujours volontaire, Moncef Kahloucha fait briller les yeux des spectateurs, démontrant que même sans argent (et avec peu de talent), la magie du cinéma opère toujours un peu. Et mine de rien, lorsque la fin du film évoque le prochain projet de Kahloucha avec un film de maison hantée et de fantômes, ce bricoleur fou suscite plus d'envie et de curiosité chez les cinéphages déviants comme moi que le prochain gros blockbuster sans âme à venir sur les écrans.
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le 9 avr. 2026
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