Comédie acerbe de cadres sup', de psys et d'appartements bourgeois, Victoria tire sans doute ses inspirations quelque part entre Woody Allen, Yves Robert et Nanni Moretti. La vision féminine et moderne lui donne également des airs de Fleabag (qui lui est contemporain) à la française, dans lequel Virginie Efira, très grande actrice, incarne entièrement une femme aussi apparemment libre que foncièrement contrainte. Cette dernière devra assumer son rôle embarrassant dans le procès de son meilleur ami, accusé de tentative de meurtre sur sa compagne.
C'est aussi un film de survie, ou la protagoniste négocie sa fenêtre de tranquillité avec une vie harassante et sans pitié. En arrière-plan, et dans quasiment tous les décors du film, on est marqué par l'amoncellement de livres, de dossiers, de jouets, de vêtements, de bordel tout simplement. Victoria est une femme qui paraît submergée au premier abord... mais qui est en droit de l'être étant donné tout ce qu'on lui demande. Oppressée par sa condition de mère, de célibataire et amante, d'avocate scrutée, d'amie jugée et même de patiente incomprise, Victoria navigue à vue avec les attentes et projections que l'on place sur elle, ce qui donne un surmenage chaotique. Envahissant, lui aussi, dans un premier temps, le très bon Vincent Lacoste vient apporter une dose de soutien et de légèreté dans la vie de l'héroïne,
mais n'oubliera évidemment de se plaindre du manque de reconnaissance.
La réussite de ce portrait tient dans l'humour noir et le cynisme d'auto-défense qui ponctuent les interactions de Victoria avec son entourage. De vrais bons dialogues, à la fois très écrits et foncièrement encrés dans la réalité, élèvent le film. Ils sont inventifs (le franglais pour protéger les oreilles des enfants, les pensées des amants Tinder...) et caractérisent les personnages qui les prononcent comme le pompeux Melvil Poupaud ou l'ex dont le verbiage vain et autocentré le définit.
S'il n'y a pas vraiment d'envie de transfigurer la narration visuelle autrement que par le jeu sur les décors et les espace clos, Victoria est toujours pertinent, précis et fin dans l'analyse de ses personnages dont on ne cherche pas à embellir les manques et les erreurs. Une vraie réussite à l'échelle de ce genre aux limites connues.