Victoria n'est pas un film qui contient un plan-séquence. C'est un plan-séquence qui contient un film et c'est ce renversement qui change tout dans la manière de regarder ce que Sebastian Schipper a produit en avril 2014 dans les rues de Kreuzberg et Mitte.

138 minutes, une seule prise, aucun raccord caché. Là où Birdman assemble des prises longues en dissimulant ses coupes, là où 1917 fait pareil sur deux heures, Victoria appartient à un club beaucoup plus restreint : celui des longs métrages réellement tournés sans interruption, avec Russian Ark pour seul vrai prédécesseur. Trois prises au total, la troisième retenue, tournée entre 4h30 et 7h du matin le 27 avril 2014. Caméra portée à la main par Sturla Brandth Grøvlen, qui revendique l'angle du photographe de guerre, quelqu'un qui filme sans savoir ce qui va arriver. Douze pages de scénario, le reste improvisé par Laia Costa et Frederick Lau. La fonction du dispositif n'est pas l'exploit : c'est l'impossibilité de couper, de respirer, de remettre les compteurs à zéro, la nuit de Victoria avance comme une vraie nuit, sans replay possible.

Sokurov, lui, tournait en intérieur, sur Steadicam, dans un musée déjà mis en scène. Schipper sort la caméra à pied dans une ville réelle, à l'heure où elle est presque vide. Que Grøvlen soit crédité avant le réalisateur au générique de fin, et récompensé par un Ours d'argent à la Berlinale, n'est pas un caprice de palmarès, c'est un constat.

Le film tient sur sa première heure, parfaitement. Sur la seconde, la mécanique de la prise unique commence à peser : certaines décisions des personnages existent surtout pour que le plan puisse continuer. C'est le prix à payer pour un geste de cette ampleur et il vaut la peine d'être payé.

J'en parle plus en détail sur mon site : https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/victoria

plan-sequencescom
9

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs plans-séquences du cinéma

Créée

le 15 juin 2026

Critique lue 3 fois

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Victoria

Victoria

Victoria

10

Veather

le 30 juin 2015

Suivre

Victoria Sonne juste.

Avertissement : dans la rédaction qui va suivre je raconte un peu ma vie. Donc, si pour toi la critique doit se limiter à l’œuvre concernée, si le simple fait quelqu'un parle de lui pour mieux...

Victoria

Victoria

6

Sergent_Pepper

le 18 janv. 2016

Suivre

Panic in the moonlight

Ce serait évidemment une erreur que de réduire ce film à son principal argument de vente, à savoir qu’il est constitué d’un unique plan séquence de deux heures et quart. Si l’on s’en tenait à cette...

Victoria

Victoria

3

mymp

le 27 juin 2015

Suivre

L'aube est triste hélas ! et j'ai vu tous les maux

À quoi reconnaît-on un branleur ? Un branleur, c’est celui qui met sa musique de merde à fond dans sa bagnole, ou qui porte des lunettes de soleil à l’intérieur ou quand il n’y en a plus (de soleil)...

Du même critique

L'Honneur du dragon

L'Honneur du dragon

5

plan-sequencescom

le 26 juin 2026

Suivre

Plan séquence l'honneur du dragon

Le plus drôle, avec L'Honneur du dragon, c'est que tout le monde se souvient d'un éléphant volé, d'un cri (« Where's my elephant? ») et de bras qui craquent mais ce qui mérite vraiment d'être...

Death Sentence

Death Sentence

7

plan-sequencescom

le 22 juin 2026

Suivre

Plan séquence Death Sentence

Death Sentence arrive en 2007 avec un lourd handicap de réputation : Wan est alors « le type de Saw », et personne n'attend d'un réalisateur d'horreur-torture qu'il signe un film sur la violence...

Les Sentiers de la gloire

Les Sentiers de la gloire

9

plan-sequencescom

le 24 juin 2026

Suivre

Plan séquence les sentiers de la gloire

Kubrick a vingt-huit ans, quatre films au compteur, et déjà une obsession : la caméra qui glisse plutôt qu'elle ne coupe. Les Sentiers de la gloire est le film où cette obsession devient une arme.Le...