Des jeux de lumières, de la techno (mention à Nils Frahm et DJ Koze, au top du top), une caméra qui va, vient. Le film ouvre sur cet état de bonheur proche de la trance, puis converge vers la mise en lumière d'un lieu tout ce qu'il y a de plus inhospitalier.
Victoria, sans doute impactée par la crise sévissant dans son pays, tente de survivre, elle et ses 4 euros de l'heure. Une misère, mais au moins elle avance. 3 mois déjà, et la vie commence doucement à se lisser, l'excitation de la découverte est loin, la jeunesse file.
Manifeste pour la jeunesse occidentale actuelle, on se promène dans un environnement urbain vrombissant et éveillé. Les nuits berlinoises, redoutées des diurnes, sacralisées des autres, attirent. La nuit s'impose comme une attraction là-bas, elle est régie par ses propres règles, qui libèrent les esprits d'anonymes solitaires avides de vie à travers l'alcool, la drogue, la musique et...les rencontres.
La rencontre, Sebastian Schipper nous la livre, brute, en temps réel, sans y mettre un seul artifice. L'unique plan séquence de cette oeuvre aux allures d'expérience (je parlerai plus d'expérience que de film, tant on est proches d'être témoin de l'histoire plus que simples spectateurs) apporte une valeur toute particulière à la montre. Le réalisme n'en est que plus saisissant.
On accompagne donc Victoria dans son voyage au coeur d'une nuit où tout semble possible. La spontanéité de sa rencontre avec Sonne et ses acolytes nous mène à se poser des questions sur ce qu'aurait été notre réaction dans ce cas. Suivre, accepter, fuir? Victoria, elle, ne s'en pose que très peu, et l'excitation d'enfin vivre la vie qu'elle est venue chercher l'emporte sur toute raison.
Bien entendu, au début tout se passe bien, et l'espagnole, confiante, quitte la boite de nuit souterraine pour se retrouver, quelques mètres plus loin, sur les toits de la ville, comme pour montrer l'évolution d'une confiance accordée sans préjugés.
Pourtant bien éméchés, il règne un esprit de liberté entre ces jeunes, qui annonce une folle épopée, un trip sous ecstasy pour lequel on resterait bien encore un moment (aller juste un peu s'il te plaiiiiiiit!!). Les prises de décisions se suivent, sans qu'on y voit les conséquences, du moins pour l'instant. Mais 2h10, c'est long, et des choses, il s'en passe (ne pensez pas qu'on s'ennuie, parfois les minutes filent).
Plus l'aube guette, plus la raison reprend ses droits, c'est l'heure de la descente. D'un crescendo d'émotions festives et joviales, le tableau noircit, l'adrénaline monte, le sourire s'efface, le stress nous colle au siège.
La scène du véhicule qui peine à redémarrer m'a semblé interminable, pourtant elle ne dure que quelques secondes.
La fin est selon moi un peu manquée, mais dans cet esprit de transition, tout à fait logique.
L'acting est une vraie révélation, le rôle tenu par Laia Costa semble n'être même pas joué tant elle incarne Victoria, les autres semblent découvrir le scénario du film en même temps que nous, assis confortablement.
Personnellement, j'y ai trouvé de nombreuses similitudes (techniquement et philosophiquement parlant) avec Irréversible, film selon moi le plus réaliste jamais filmé. La transition entre la nuit et le jour y est là aussi très présente, elle sépare le bonheur de l'horreur. La non-maitrise de ce qu'elle sait faire de mieux.