Louis Malle s’attaque ici à un sujet brûlant : la célébrité étouffante de Brigitte Bardot… incarnée par Brigitte Bardot elle-même. Une mise en abyme prometteuse, presque dangereuse, mais qui reste finalement trop sage.
Sur le plan narratif, Vie privée oscille entre chronique mondaine et mélodrame existentiel, sans jamais vraiment trancher. Le scénario, coécrit par Malle, survole les tourments d’une star traquée par la presse et son image publique, mais sans jamais s’y plonger franchement. On aurait aimé plus de violence intérieure, plus de tension psychologique – bref, plus de cinéma.
Techniquement, le film est pourtant soigné. La mise en scène de Malle, toujours élégante, se distingue par sa retenue et une caméra souvent discrète, presque documentaire. Quelques plans séquences bien sentis, un bon usage du silence, et cette manière de cadrer Bardot sans jamais la fétichiser : c’est fin, c’est même parfois touchant.
Côté interprétation, c’est plus mitigé. Bardot, pourtant directement concernée par le rôle, peine à exprimer la profondeur du mal-être qu’on lui écrit. On sent la sincérité, mais le jeu reste un peu plat. Quant à Marcello Mastroianni, il semble en vacances. Certes, en Italie, mais tout de même.
Les scènes italiennes justement : probablement les plus belles du film. Villages en pierre, lumière dorée, ruelles désertes... une respiration bienvenue qui contraste agréablement avec les intérieurs parisiens un peu figés. La photographie y gagne en densité, et le rythme aussi.
Et puis la fin. Ah, cette fin. Visuellement brillante, surprenante dans sa forme, mais dramaturgiquement… eh bien, disons qu’on l’avait vue venir depuis le générique. Une belle coquille, un peu vide.
En somme, Vie privée est un film élégant, parfois inspiré, mais qui reste en surface de son sujet. Un peu comme un portrait flatté dans un miroir sans tain : joli à regarder, mais où l’on n’ose pas casser la glace.