Vierges convertit la précarité sociale et culturelle de la petite ville côtière de Kiryat Yam en un réservoir de fiction, la sirène cristallisant ce besoin de faire communauté et de rassembler les solitudes individuelles autour d’un récit qui, à mesure qu’il se répand et qu’il se médiatise, redonne goût à la vie.
L’intérêt à trouver au long métrage tient donc moins à son regard porté sur la misère, somme toute conventionnel, qu’à la tonalité fantastique qui soulève les humbles de terre en les engageant dans quelque chose qui les dépasse ; ce faisant, le long métrage projette ses personnages dans un au-delà porteur d’espoir, dans un horizon ouvert à tous les possibles qui court-circuite cet idéal de pacotille qui doit conduire l’adolescente à Tel-Aviv, ville « où l’on se perd ». Mais la foi placée en la fiction n’est jamais aveugle ou naïve : elle se teinte toujours de cynisme, vue par le prise d’un désenchantement qui fait d’elle un je ne sais quoi de trébuchant, de fragile, d’incertain, balloté par les vents et les marées. La clausule, que nous ne révèlerons pas ici, certainement la plus belle séquence du film, mêle la noirceur à la magie de façon remarquable.
De quoi justifier le visionnage de Vierges dont la sirène agit telle une métaphore d’une adolescente qui rêve d’ailleurs.