Ce film allemand du début des années trente est une sérieuse pépite aux qualités artistiques aussi évidentes qu'ingénieuses.
Viktor Hempel (Hermann Thiming) est un comédien en galère. Écumant les castings comme un Écossais cherchant, en vain, le monstre du Loch Ness, l'homme de scène, victime d'une extinction de voix, demande à une récente connaissance, Susanne Lohr (Renate Müller), actrice aussi débutante que talentueuse, de le remplacer dans un rôle d'homme. Une première prestation rimant avec victoire. Si bien que la comédienne travestie se voit être engagée par Francesco Alberto Punkertin (Aribert Wäscher), un agent théâtral en lien avec le prestigieux hôtel anglais le "Savoy". Établissement muni d'une grande scène où se présentent bon nombre d'artistes. Une nouvelle vie se dessine pour mademoiselle Lohr et monsieur Hempel, qui se voit être, malgré lui, l'agent de celle qui va devoir faire croire au public, sur les planches scéniques et en dehors, qu'elle n'appartient à aucun autre sexe que celui du genre masculin.
Cette comédie musicale, sortie moins d'un an après le sombre évènement que représente l'accession d'Hitler à la chancellerie allemande, est un joli bijou cinématographique qui possède des plans de caméras astucieux, des musiques saupoudrées de dialogues savoureux et une mise en scène efficace dirigée d'une main de maître par le réalisateur hambourgeois Reinhold Schünzel.
L'histoire qu'il nous conte, d'ailleurs, est plus qu'audacieuse. À une époque où la société germanique se voit muselée par le totalitarisme du Troisième Reich.
Les passages musicaux du film ne sont pas véritablement marquants, mais ont la particularité de bien sonner aux oreilles. Les mélodies et les paroles plus ou moins enfantines nous incitent à la joie, tout comme ses acteurs souriants, illuminés par le rôle qui leur a été attribué.
Une bobine allemande synonyme de pépite que j'invite tous les amoureux du cinéma, et plus largement les esthètes, à visionner découvrir.