Avec Viola (2012), Matías Piñeiro signe un film bref mais dense, qui mêle avec une grâce rare théâtre élisabéthain et réalités contemporaines. Adaptant librement La Nuit des rois de Shakespeare, le cinéaste argentin tisse un récit délicat où la frontière entre jeu et vie s’estompe doucement, portée par des dialogues ciselés et une mise en scène d’une fluidité remarquable.
Ici, pas de drame tonitruant ni de grandes envolées : Piñeiro filme les sentiments dans ce qu’ils ont de plus flottant, de plus fragile. La caméra glisse, les plans s’étirent, les personnages résonnent comme des variations autour de l’amour et du désir. Viola, discrète livreuse de DVD, devient l’axe silencieux autour duquel s’articulent ces jeux de rôles sentimentaux.
À la fois intellectuel et sensoriel, le film séduit par sa capacité à rendre la parole vivante, à faire dialoguer Shakespeare avec la jeunesse argentine sans jamais trahir ni l’un ni l’autre. Une œuvre exigeante, mais touchante dans sa simplicité feinte — et l’une des plus belles démonstrations que le théâtre peut encore parler au cinéma sans hausser le ton.
Note personnelle : 8,5/10