Vitória est basé sur une histoire vraie et sortie dans les journaux, comme un précédent film d’Andrucha Waddington, La Vie peu ordinaire de Dona Linhares (titre original : Eu Tu Eles) sorti en 2000. L’histoire est celle de Vitória, une femme qui vit seule dans un appartement d’un quartier en train de sombrer dans la violence liée à la drogue. Désespérée de l’inaction de la police et de la lâcheté de ses voisins, elle décide de filmer les faits depuis la fenêtre de son appartement, jusqu’à enregistrer un meurtre. Elle remet ses nombreux enregistrements à la police, qui n’en fait rien, jusqu’à ce qu’un journaliste soit informé de sa démarche et décide de l’aider.
Dans Vitória, Fernanda Montenegro est sensationnelle et porte à elle seule toute la première moitié du film, quand précisément la caméra se focalise sur elle et lui rend l’hommage que mérite son jeu stupéfiant. À près de 95 ans, elle montre là le meilleur de son génie d’actrice, récompensée par un Oscar, en 1998, pour son rôle dans Central do Brasil de Walter Salles, qui lui a encore récemment donné un rôle dans Je suis toujours là. Cette première partie de Vitória offre à voir, comme sait le faire le meilleur cinéma brésilien, ce que le quotidien le plus banal recèle d’universellement et profondément humain.
Malheureusement, la deuxième partie du film est moins réussie, pour être trop démonstrative et quelque peu caricaturale, aussi bien dans le scénario que dans la caractérisation des personnages, ce qui fait perdre en vérité ce qui pourtant se fonde sur une histoire vraie. Non que les autres acteurs ne soient pas bons, même s’ils semblent parfois comme en retrait par rapport à Fernanda Montenegro (ce qui, du reste, est le cas des personnages qu’ils jouent), mais la mise en scène manque de la subtilité qui imprégnait le début du film. Cela fait ressortir encore davantage le problème que représente la description d’une réalité sociale du Brésil (du trafic de drogue à la corruption dans la police) qui évacue toute interrogation sur ses causes profondes au profit d’une vision moralisante.