Elle s’est fait mettre en cloque, la coquine
Dans la Venise fastueuse et déclinante du XVIIIe siècle, Cecilia, virtuose du violon à peine âgée de vingt ans, végétait entre les murs de l’orphelinat de la Pietà lorsque le destin, dans sa providence parfois bienveillante, plaça sur sa route Antonio Vivaldi — compositeur d’un génie aussi fulgurant qu’ambitieux — qui devint son nouveau maître.
D’une ouverture audacieuse et d’une promesse trahie
L’œuvre s’ouvre sur une scène d’une brutalité aussi saisissante qu’inattendue — la noyade de quelques chatons innocents — qui laisse présager une entreprise cinématographique d’une noirceur assumée et d’une audace point commune. Las. Cette promesse inaugurale demeure la plus cruelle des duperies, car le film s’empresse aussitôt d’imiter le sort de ces malheureuses créatures félines en sombrant lui-même dans les eaux stagnantes d’une interminable torpeur dont il ne se relèvera point. L’on attendait une pellicule à la hauteur de cette ouverture provocatrice ; l’on obtint une succession de tableaux d’une longueur proprement éprouvante.
Du titre et de sa fondamentale imposture
Voici un grief que la probité intellectuelle commande de formuler sans détour : le titre français de cette production constitue une tromperie d’une singulière impudence envers le spectateur de bonne foi. Vivaldi — ce génie du baroque vénitien dont le nom orne si fastueusement l’affiche — n’est en réalité qu’un personnage périphérique, une présence intermittente et fantomatique que le récit convoque avec une parcimonie aussi frustrante qu’inexplicable. C’est sur Cecilia que l’accent est mis, sur Cecilia que la caméra s’attarde, sur Cecilia que repose l’intégralité du poids dramatique. Que l’on eût intitulé ce film Cecilia ou La Virtuose de la Pietà eût été infiniment plus honnête, quoique assurément moins accrocheur pour le chaland.
De l’interminabilité comme supplice
Car au grief de la mystification nominale s’ajoute celui, plus douloureux encore dans sa manifestation physique, de la durée. Ce film s’étire avec une complaisance aussi souveraine que déconcertante, s’appesantissant sur des séquences dont la répétition finit par engourdir les facultés les plus alertes. Le spectateur, livré à cette déliquescence temporelle, éprouve cette sensation particulièrement accablante d’assister à un métrage qui refuse obstinément de conclure ce qu’elle entreprit d’énoncer, repoussant indéfiniment une résolution que l’on implore avec une ferveur croissante.
De l’émancipation comme grâce salvatrice
Accordons néanmoins à cette production le mérite qui lui revient de droit : le portrait de cette jeune orpheline qui, sous la férule éclairée du maître vénitien, découvre progressivement les voies de sa propre émancipation, constitue le foyer lumineux autour duquel le reste de l’œuvre — si inégal fût-il — s’organise avec une sensibilité authentique. Cette trajectoire d’une âme contrainte qui s’affranchit de sa condition par la grâce du génie musical recèle une beauté discrète et tenace qui rachète partiellement, sans les absoudre, les nombreuses défaillances de l’entreprise.
C’est un film qui porte un nom usurpé, une durée injustifiée, et une belle idée insuffisamment servie. C’est, somme toute, beaucoup de péchés pour une seule œuvre.