Même dans un film que je trouve moyen de sa part, Masumura sait provoquer l'intérêt. Une profonde sincérité, ainsi qu'une envie de pousser la réflexion sur le rapport homme-femme, sur cette dualité universelle qui cristallise tant de mystère, transpire du personnage de femme entière qu'il esquisse ici.
Caractère bien trempé pour une personnalité qui semble aussi déterminée à rassasier ses pulsions, que perdue dans une vue d'ensemble qu'elle perd trop souvent de vue, au profit d'un instant présent qui finit par l'emporter sur tout le reste.
J'aime beaucoup la note d'intention, j'apprécie la démonstration quand elle prend son temps dans des échanges entre amoureux au pied du mur, lorsque l'homme qui a risqué la prison, quitté sa femme et sa situation, du haut d'un pragmatisme à toute épreuve tente de comprendre les agissements de sa partenaire. Le message se fait un peu plus cristallin alors et prend la forme d'un renversement de prisme : pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas agir comme les hommes.
Question légitime, mais on peut s'interroger tout de même quant au choix narratif que choisit Masumura pour étayer son discours. Pourquoi faire de cette femme qui veut sa part du gâteau une ordure aussi infecte que les pires hommes qu'elle dénonce. En effet, il n'est pas question de genre pour se comporter comme la pire des ordures, mais je ne sais pas si ça sert le propos d'exploiter l'énergie débordante de Ruriko Asaoka pour justifier de son droit d'être détestable.
Pour ma part, je trouve que ça le limite au contraire : au lieu d'ouvrir le débat et nourrir notre propre réflexion, la seconde partie du film sonne comme une redite un peu lourde de la première et les gesticulations ininterrompues de l'actrice donnent presque l'impression d'être hors de propos : difficile pour moi par exemple de me positionner à propos de sa prestation par exemple que je trouve tour à tour remarquable et grossière, étrange.