Volpone est presque unanimement considéré comme un des grands films français sortis sous l'Occupation, bien que son tournage se soit achevé juste avant la défaite. Clairement, le fait que Volpone soit devenu un marchand levantin (et non vénitien pur jus) ne pouvait assurément pas déplaire aux nouveaux organismes de censure. Il s'agit d'une farce qui dénonce la cupidité humaine à travers quelques personnages particulièrement gratinés. Harry Baur met de sa folie dans le rôle titre, mais peut donner l'impression, parfois, d'en faire un peu beaucoup. Ce qui n'est pas le cas du merveilleux Louis Jouvet, matois et partisan du partage des richesses. Charles Dullin impressionne, Fernand Ledoux se perd un tantinet dans un contre-emploi et l'exquise Jacqueline Delubac est assez mal utilisée. Quelques vues de Venise ne trompent pas, c'est bien un film de studio et le reproche de théâtre filmé n'est pas très loin, d'autant que Maurice Tourneur n'est pas Lubitsch, tant s'en faut. Malgré cela et grâce à des dialogues enlevés et quelques situations croquignolettes, Volpone reste recommandable, en dépit de quelques lacunes (de Venise, évidemment).