Chaque œuvre de Gaspar Noé est une expérience, souvent traumatisante, parfois à base de provocation et d'images hallucinées. Vortex se place dans un registre différent, dépouillé et faussement documentaire, mais ce qu'il exige du spectateur est immense, dans cette étude au noir qui ne laisse aucune place à la fantaisie. "On est bien peu de chose" (Mon amie la rose) interprète une Françoise Hardy juvénile, en ouverture du film, mais c'est bien son seul moment apaisé. D'emblée, le procédé du split screen divise l'attention : il n'est pas sûr qu'il soit bien utile, se dit-on, avant de se raviser et de comprendre qu'il est un moyen de montrer deux personnes, qui forment un couple depuis longtemps, qui s'isolent de plus en plus dans leur propre univers malade. Ce véritable crépuscule des vieux, dans la violence d'une dégénérescence annoncée, prend à la gorge et ne se desserre jamais, y compris quand le fils, irresponsable, daigne visiter ses vieux parents. Jusqu'au bout, Gaspar Noé maintient la note dans une atmosphère irrespirable que l'on ne peut comparer qu'à Amour de Haneke, auquel il n'est pas interdit de penser. Dans un rôle dément, c'est le cas de le dire, Françoise Lebrun dépasse l'entendement, niveau auquel ne saurait prétendre Dario Argento, dont le manque d'expérience d'acteur se fait parfois sentir. Quant à Alex Lutz, il élargit encore sa palette dans un rôle complexe dont il se tire bien. Certains cinéphiles, pour le moindre film marquant, utilisent le terme galvaudé de "claque." Et Vortez, ce serait quoi, alors ? Un KO assené par les poings de Mike Tyson ?

Cinephile-doux
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Au fil(m) de 2022 et Les meilleurs films de 2022

Créée

le 29 mars 2022

Critique lue 1.5K fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 1.5K fois

22

D'autres avis sur Vortex

Vortex

Vortex

8

Moizi

2562 critiques

Encore un film où le temps détruit tout

Vortex est, encore une fois, un film terrible réalisé par Gaspar Noé, mais là il fait un peu son Amour. On est loin de la violence physique, de la débauche de sexe qu'il peut y avoir dans d'autres de...

le 26 avr. 2022

Vortex

Vortex

6

Sergent_Pepper

3167 critiques

Flagada split

Si l’on égrène les sujets de prédilection du franc-tireur Gaspar Noé, la première réussite de son nouveau film sera sans conteste de pouvoir à nouveau créer la surprise. Le cinéaste habitué des...

le 14 avr. 2022

Vortex

Vortex

7

takeshi29

1686 critiques

A tous ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur...

Gaspar Noé nous rappelle de manière radicale que tout n’est pas divertissement, qu’aller voir un film sur le déclin, la maladie, la fin de vie peut s’apparenter à un engagement, celui d’accepter de...

le 16 avr. 2022

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8093 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8093 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8093 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021