Le calme après la tempête ; une expression qui prend son sens avec Vortex.
Gaspar Noé, habitué à un cinéma provocateur faits de drogues omniprésentes, sexe à gogo et de délires psychédélique, prend ici un tout autre tournent. Avec Vortex, il range ces stroboscobes, ces jeux de lumière, sa LSD et amène une nouvelle forme de violence, elle n'est plus visuelle ni sensorielle, elle est d'un autre ordre : celle de la vérité crue. La vérité de la vieillesse, de la maladie incurable, de la mort.
On nous plonge dans le quotidien d'un couple agé, vivant dans une maison remplie de bibelots et de souvenirs, un lieu qui redonne la vie, chargé de mémoire. Le tout dans la forme d'un split screen (déjà vu et expérimenté dans Lux Aeterna), pour suivre séparement le mari et la femme, tout deux vulnérables et profondément seuls. Lui est cinéphile, écrivain, elle psychiatre et malade. Deux trajectoires parallèles, vivant l'un avec l'autre, mais de plus en plus déconnectées.
D'un coté, elle tente de donner un sens à sa vie : se lever, marcher, sortir, lire, observer, encore au risque constant d'oublier ce qu'elle fait, ce qu'elle a fait ou ce qu'elle devait faire. De l'autre, lui essaie d'écrire son roman, de protéger son épouse, de la comprendre, et surtout d'essaye de garder espoir qu'elle puisse un jour aller mieux. Le split screen accentue cette séparation progressive, cette impossibilité de réellement communiquer malgré la proximité physique.
Leur fils, Stéphane, dont les parents s'inquiètaient autrefois pour lui à cause de sa toxicomanie, s'inquiète désormais pour eux. Perdu, triste, désorienté, ne sachant plus quoi faire pour les aider, ni pour s'aider lui même, tente avec une patience remarquable de comprendre ce qu'ils souhaitent, ce qu'ils veulent. Sans succès.
Vortex touche avec une intensité puissante et poignante parce que ses relations et son récit touchent a quelque chose d'universel. Nous savons tous que c'est ça la vie ; naître, grandir, vivre, vieillir et puis.. mourrir. Des étapes inévitables pour chaques humains, que l'on ne choisit pas, que l'on ne contrôle pas. Le film nous oblige à être spectateur de cette mort inévitable qui s'approche, lentement, doucement, surement.
Gaspar Noé nous a toujours confrontés avec ces films à cette aggressivité brutale et frontale, mais jamais sous cette forme de violence douce. Pendant plus de deux heures nous sommes face au fait accompli que ces personnes vont mourrir, on ne sait pas encore quand, mais on le sait. On est chamboulé car on le sens. C'est précisement là que le film est le plus fort : Noé tente quelque chose de plus calme, sans jamais renier sa patte artistique (split screen, couleur orangé omniprésente rappelant la chaleur, l'humanité, la communication mais aussi le présage d'un décés imminent) ni son rapport à la brutalité et à la mort. Noé joue avec nous sans jamais jouer de nous.