Sixième et dernier long métrage de Gaspar Noé à ce jour, Vortex suit les derniers moments d'un couple de septuagénaires dans leur quotidien parisien. Incarnés avec précision par un Dario Argento impeccable en vieil érudit latin et une excellente Françoise Lebrun campant une ancienne psychiatre aux idées progressistes en proie à une dégénérescence mentale, ce drame intimiste - au registre lourd voire plombant mais néanmoins bouleversant - adopte un style visuel quasiment documentaire, reprenant dans son intégralité le procédé visuel du split-screen déjà récurrent dans le précédent Lux Aeterna...
Privilégiant un décor unique hanté par les souvenirs du couple formé par Lebrun et Argento, Vortex fait forcément écho avec la Palme d'Or Amour réalisée par Michael Haneke une dizaine d'années plus tôt : en montrant une intimité littéralement sublimée par l'improvisation brillante et poignante de justesse du trio d'acteurs auquel appartient également le génial Alex Lutz ( interprétant ici un fils vivant d'expédients et tentant d'éviter de replonger dans une toxicomanie chronique...) Gaspar Noé s'éloigne le temps d'un film de ses outrances formelles mêlées de mouvements de caméra erratiques, de couleurs flashy et de stroboscopies altérant la conscience : sobre et presque monacale, cette étude d'un couple en fin de vie parle avec évidence et éloquence de deux solitudes fatalement séparées, admirablement exprimées par le double-écran faisant figure de double-tunnel impossible à rapprocher...
"La mort n'ouvre aucune porte", annonçait le réalisateur dans son terrassant Seul Contre Tous il y a plus de 25 ans désormais : l'adage trouve - en la forme de ce Vortex mortifère et psychologiquement remuant - un écho des plus édifiants. À noter l'excellence de la direction artistique et surtout un casting sans fausses notes, avec en point d'orgue une Françoise Lebrun livrant l'une des plus incroyables compositions éprouvées depuis un certain temps. Un chef d'oeuvre.