Le pitch de Wake Up avait de quoi électriser : un groupe d'activistes écolos s'infiltre de nuit dans un temple de la consommation pour le vandaliser, et se retrouve traqué par un gardien psychopathe dans les allées d'un gigantesque magasin d'ameublement. Promesse d'un slasher social et claustrophobe, où la critique du consumérisme se mêlerait à une chasse à l'homme implacable. Visuellement, le film tient parfois ses engagements : les travellings fluides dans les rayonnages interminables, l'éclairage néon froid et les séquences d'obscurité totale créent par moments une tension palpable, presque sensorielle. La réalisation, empreinte d'un esthétisme rétro assumé, sait jouer avec l'architecture labyrinthique du lieu pour en faire un personnage à part entière. Techniquement, l'ensemble est propre, nerveux, et la mise en scène prouve que le trio Whissell/Simard maîtrise son langage cinématographique.
Hélas, cette virtuosité formelle se heurte à un scénario d'une consternante paresse. Les personnages, qu'ils soient du côté des activistes ou du tueur, sont réduits à des caricatures sans consistance. Les premiers, censés incarner une jeunesse militante et désabusée, se comportent en influenceurs narcissiques et stupides, vidant leur combat de toute crédibilité éthique ou politique. Le second, silhouette massive à la respiration rauque, évoque davantage un croquemitaine de série B qu'un antagoniste terrifiant ou symboliquement riche. Le film brasse pourtant des thèmes potentiellement forts : l'aliénation par la technologie, l'écologie performative, la solitude urbaine, mais les aborde sans aucune subtilité, préférant l'explicite laborieux au sous-texte suggestif. Même les meurtres, répétitifs et peu inventifs, manquent de cette inventivité cruelle qui fait les grands moments du genre.
Au final, Wake Up donne le sentiment d'une occasion gâchée. Entre une intrigue qui patine, des retournements invraisemblables (comme cette résurrection impromptue d'un personnage, jamais expliquée) et un climax qui dégénère en farce peu crédible, le film perd peu à peu le spectateur, et avec lui, toute forme d'empathie ou d'adhésion. Il reste un exercice de style, certes maîtrisé, mais creux, comme ces meubles en kit qu'il met en scène : une façade séduisante, mais une structure intérieure fragile et démontable. On en ressort avec l'impression d'avoir assisté à un long trailer pour un film plus ambitieux qui, lui, n'a jamais été tourné. Dommage.