Les conséquences de la colonisation

A voir sans réserve. Flirtant avec le documentaire, cette fiction nous plonge au cœur d’une réserve de peuples autochtones aux États-Unis.


War pony : un titre qui fait référence aux personnages qui sont comme des poneys sauvages, les chevaux des peuples autochtones, qui les ont d’ailleurs adoptés à partir de la fin du XVIe siècle via les colons. Ces chevaux sont plongés dans un monde de désolation, un monde violent, un monde en guerre mais ils continuent à avancer coûte que coûte. En argot war pony c’est aussi une vieille voiture délabrée conduite par un autochtone alcoolisé.


Le film se situe dans une réserve autochtone, en territoire Lakota. On suit en parallèle un jeune garçon de 12 ans, Matho, qui vit avec son père, et un jeune homme de 23 ans, Bill, qui vit chez sa grand-mère et essaie de faire ce qu’il peut pour grappiller quelques billets, éventuellement trouver un travail.

Matho vit avec son père quand ce dernier daigne faire surface, c’est plutôt le gamin qui prend soin de son père et s’assure qu’il a un repas. Le père est toxicomane, il fait également un peu de trafic. Le gamin en connaît à son âge beaucoup trop sur la drogue et le sexe mais garde une certaine innocence malgré le manque de cadre dans sa vie. Mais dans la réserve les petites bêtises de cet âge là ce n’est pas jeter de l’eau sur des passants ou dire des gros mots, c’est aller voler chez les gens, revendre la drogue de son père ou conduire une voiture avec ses copains pas plus âgés à l’intérieur.

Bill est calme, il a le sourire, il veut s’en sortir, il est prêt à saisir n’importe quelle opportunité pour gagner sa vie et aider ses anciennes copines, il en a eu deux avec chacune un enfant dont il est père. En voyant un chien il se dit qu’il va être éleveur et devenir vite riche. Il croise la route d’un blanc qui a un pneu crevé au bord de la route et va chercher à profiter de la situation. Le blanc a l’air riche, il va lui donner du boulot.


Ce film nous montre un monde à la dérive. Ce peuple vit dans la misère, tous quasiment vivent en mobile home, se droguent ou boivent, les pères sont aux abonnés absents quand ils ne battent pas leurs gamins. Il y a peu de travail, aucune présence d’un État ou d’une quelconque organisation. Ces jeunes ont perdu tout lien avec leurs racines, adoptent les codes de l’Américain moyen à base de soda et de vêtements de marques de sport mais ils sont exclus de ce monde, ils vivent en vase clos dans la réserve. Malgré la misère qu’on voit en permanence, le film n’est pas misérabiliste, on voit se monde à la même hauteur que ses personnages.


Quand le blanc décide d’aider Bill et lui donner du travail, on peut avoir l’impression qu’il est compréhensif, mais on voit vite qu’il a toujours une position de colon. Il exploite les corps des jeunes femmes de la réserve, exploite la terre et n’a aucune considération pour Bill dont il se servira puis le jettera quand bon lui semble.

Pour lutter contre une déchéance qui guette, les autochtones ont peu de moyens. On perçoit pourtant chez eux une forme de solidarité, une absence de jugement. Ils comprennent leurs semblables car ils savent eux-mêmes les difficultés de la vie. L’esprit de tribu peut même ressurgir pour venger celui d’entre eux qui aura été spolié, profitant de l’occasion pour partager avec tous les habitants le fruit de leur vengeance.


Ils sont Lakota sans l’être tout à fait, ils ne parlent pas la langue, s’adonnent peu aux coutumes que nous voyons perpétuer que par quelques anciens et trop peu de jeunes, surtout des jeunes filles. Mais parfois surgissent des fulgurances de la nature, comme si leur héritage se rappelait à eux, les incitait à voir plus loin et reprendre pleinement leur patrimoine et leurs vies en main.


La réalisation n’est pas tremblotante, les mouvements de caméra sont fluides, à hauteur d’Homme, la teinte est légèrement jaune, les tons sont chauds et les réalisatrices ne s’interdisent pas des moments de beauté et de poésie pour nous permettre de respirer et replacer ces destins bouchés dans les horizons sans fin de l’Ouest Américain.


Des films sur les autochtones des États-Unis il y en a très peu sorti du style western plus ou moins colonial. The Exiles était peut-être le premier dans les années 60, avec une patte presque documentaire. Dans Les Chansons que mes frères m'ont apprises, de Chloé Zhao, on se trouve là aussi dans la réserve de Pine Ridge et l’on suit d’une manière presque documentaire le destin d’une fratrie lorsque le frère aîné va partir de la réserve et va devoir laisser derrière lui sa petite sœur. Dans Phoenix, Arizona on suit le voyage d’un jeune homme qui essaie de se reconnecter à ses racines, son père qui est parti il y a longtemps sans donner de nouvelles vient de mourir, il va partir chercher ses cendres. Les différents colonialismes se sont souvent déroulés selon les mêmes principes, avec les mêmes massacres et le même abandon des peuples autochtones. Dans Charlies’s country on suit un aborigène qui tente de renouer avec ses racines.

soleilnova
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le 29 juil. 2026

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