Fort de sa récente collaboration avec l’ex Navy Seal Ray Mendoza, qui agissait en tant que consultant technique pour les scènes de guerre sur Civil War, Alex Garland a mis à peine un an pour monter son nouveau projet en co-réalisation : Warfare. Une incursion en temps réel sur une opération militaire américaine en Irak, basée sur les témoignages des survivants, et dont Mendoza faisait partie.
En découle une expérience intense, ancrée dans un réel palpable et bien plus éreintant que n’importe quel fantasme guerrier que l’on a pu voir chez Ridley Scott ou Michael Bay. L’attente est longue, stressante, et rappelle le calme absurde de Generation Kill, tandis que l’objectif de cette opération ne sera jamais évoqué. Et quand commence la bataille, la passivité usante se transforme en un déferlement total. Les soldats, comme le spectateur, naviguent à l’aveugle, calfeutrés entre quatre murs et un toit grouillant, et conscients des activités extérieurs uniquement par les balles qui fusent dans les ouvertures et la cacophonie radiophonique dont les plans varient sans cesse, mais les laissant majoritairement dans la panade. Un état de siège où la paranoïa est prégnante, mais où le professionnalisme des soldats force autant le respect qu’il questionne sur la déshumanisation que demande un tel métier. Nous, civils vissés à l’écran, ne comprenons rien au jargon militaire fait de codes chiffrés et d’acronymes inconnus, mais comprenons les enjeux, simples et limpides, malgré la confusion générale du premier regard. L’immersion est totale.
On pourrait craindre un certain patriotisme d’un tel projet qui ferait des G.I. envahisseurs les victimes de ces hordes en djihad invisibilisées, évoquant les assaillants d’un Assault on Precinct 13. D’autant plus lorsque l’on prend connaissance des faits d’armes cinématographiques de Mendoza sur Act of Valor, film de propagande décomplexé à la gloire des combattants de l’Oncle Sam commandé par le Pentagone. Mais non, Garland ne verse pas dans le patriotisme (et en même temps, au vu de son dernier film on aurait pu s’en douter), proposant simplement une incursion réaliste dans ce monde particulier. Mieux, il choisit sciemment de clore son film sur le questionnement de la famille irakienne dont la résidence a été choisie pour tenir l’assaut : “Why? Why? Why?”. Puis générique, encarts sur les différents soldats dans le réel, et là aussi, on conclut par ces victimes collatérales anonymes. La critique est évidente.
Garland a annoncé qu’il allait cesser de réaliser, et se concentrer de nouveau sur l’écriture de scénarios. Le choix est sien, mais il me peine tant sa maîtrise du langage filmique sert toujours grandement ses propos. Warfare utilise son concept sans ciller et se dote d’un impact fort, secouant son spectateur sans ménagement, et nous faisant découvrir une vision crue des conflits armées modernes, loin des champs de bataille et des ennemis définis.
“War has changed” disait le vieux serpent.