C’est le dernier film en date d’Alex Garland et peut-être son dernier, celui-ci ayant annoncé se concentrer dorénavant sur l’écriture. De fait, ici, il coréalise ou plutôt, il donne un coup de main à Ray Mendoza dont c’est la première réalisation. Ancien soldat, Mendoza avait été conseiller expert de Garland sur la partie combat de Civil War.
En 2006, les States sont au beau milieu de leur guerre en Irak. Alors que le pays est un vaste chaos, les Américains font face à une guérilla composée de baasistes (non, ce n’est pas une armée de Calogero et autres Sting hein) récalcitrants et de jihadistes de différentes factions d’Al-Qaïda. On suit une section des Navy Seals américains en infiltration en ville, positionnée dans une maison d’un quartier calme. Calme ? Jusqu’au moment où elle va se faire repérer et va devoir en découdre puis évacuer par tous les moyens.
Le concept est simple et pose une contrainte qui, si elle n’est pas nouvelle, est toujours un défi. L’action se déroule en temps réel d’une part et elle est basée exclusivement sur les témoignages des participants américains d’autre part. Forcément, on a le point de vue. Je ne parle pas ici de prendre parti tant c’est évident, mais plutôt du point à partir duquel on voit l’action. Au cinéma, la question de la focalisation n’est jamais simple, surtout si on abandonne l’idée de la voix off. Nous avons un ensemble de personnages principaux, dont Mendoza lui-même. L’enjeu va être de faire ressentir au spectateur ce que ressentent ces personnages. Première technique, une mise en scène en tension. La caméra ne quitte que peu ses sujets et c’est au plus près qu’on voit l’angoisse. Pour autant, la caméra ne filme pas l’intériorité et c’est pour combler ce manque que le duo de réalisateurs va opter pour un jeu sur le son. Deuxième technique. Est-ce que ça marche ? Bof. Mais c’est pas grave car de son côté la mise en scène visuelle va nous laisser scotchés au fauteuil. Troisième technique, la focalisation interne étant impossible, on doit susciter de l’empathie pour les personnages. Pour cela, il est essentiel d’identifier chacun et de donner le temps de les connaître. Le truc, c’est qu’ils parlent peu. C’est ce rôle que joueront ces longs portraits et ces scènes de calme avant la tempête. Est-ce que ça marche ? Difficile de s’identifier à autant de personnages dont on ne connaît rien d’autre que l’uniforme qu’ils partagent. Encore une fois, ce n’est pas si grave. Petit caillou dans cette mécanique de focalisation, il y a quelques plans extérieurs à la maison, par le biais de la surveillance aérienne notamment, il s’agit probablement de donner à comprendre les enjeux. L’ennemi restera toujours un inconnu mais on comprend ce qu’il fait. C’est sûrement le prix à payer pour rendre plus facile pour le spectateur la lecture des événements et des enjeux. Tout ici renvoie au mythe d’Alamo. Les héros, les sauvages, le siège. C’est bien un western très américain que nous regardons, à peine détourné (contrairement au cinéma de Carpenter). Le point de vue c’est aussi celui de Mendoza comme acteur réel des faits et le film se place comme un hommage à ses frères d’armes. Je n’ai pas de fascination pour la gloriole militariste alors disons qu’en faisant fi du contexte, le film met en scène le courage individuel. Il ne renvoie jamais à l’absurdité de la situation mais se concentre sur la survie en zone de combat. On pourra voir ici un prolongement de la série Generation Kill de David Simon, à ceci près que Simon, lui aussi parti de documents réels, utilisera la figure du journaliste comme témoin, permettant ainsi de se soustraire au problème de la focalisation tel qu’énoncé plus tôt.
Bref, c’est une expérience plutôt chouette, éprouvante pour les nerfs et très impressionnante dans ses scènes de combats. On pourra aimer ou non la dimension mémorielle du projet mais on peut de toute façon facilement en faire abstraction. Au final, c’est une réussite !
>>> La scène qu’on retiendra ? La première sortie. Quand ça part en couille, c’est glaçant.