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Not So Pretty!
Que ce soit bien clair, je ne suis pas un grand fan du West Side Story de 1961 (reste que je l'ai aimé quand même dans sa globalité, en particulier parce que pas mal de compositions de Leonard...
le 9 déc. 2021
West Side Story de Jerome Robbins et Robert Wise est le film de mon père. Il avait quinze ans quand il l’a découvert. Déjà passionné de cinéma, le choc fut immense. Il possédait le triple album, et j’ai grandi bercé par les airs de Leonard Bernstein, par Maria, par Tonight. Autant dire que cette comédie musicale a imprégné mon imaginaire bien avant que je comprenne vraiment ce que racontait l’histoire.
Mon père me montre donc assez tôt ce film culte pour lui, et j’adhère immédiatement. Comment rester insensible à cette histoire d’amour impossible ? Très vite, ma vie s’est calquée sur le film. J’arpentais les rues de mon village la nuit en cherchant ma Maria, essayant de rester cool, comme on me l’avait appris à l’écran. Bernstein n’a jamais cessé de rythmer mon existence.
En 1985, lorsque Leonard Bernstein dirige sa propre version de West Side Story avec Kiri Te Kanawa et José Carreras, mon père achète le coffret. Il reconnaît pourtant que cette version n’a pas la fraîcheur des voix du film de 1961 — celles de Marni Nixon et Jim Bryant, longtemps restées injustement non créditées. Aujourd’hui, cette injustice est enfin réparée.
Lorsque j’apprends que Steven Spielberg prépare un remake, je suis d’abord dubitatif. Puis je réalise que mon père n’ira sans doute pas le voir. Alors j’y vais pour lui, et j’y emmène ses petits-enfants. Grand bien m’en a pris.
La version de Spielberg ne démérite pas, loin de là. D’abord parce qu’elle rompt clairement avec le whitewashing : les Portoricains sont enfin incarnés par des acteurs latinos, et la langue espagnole est pleinement assumée, sans sous-titres, comme un geste politique et culturel fort. Ensuite parce que, cette fois, les acteurs chantent eux-mêmes. Enfin parce que Spielberg insuffle à la mise en scène une ampleur cinématographique que la version originale, plus proche du théâtre filmé, n’osait pas toujours.
Rachel Zegler, révélée sur YouTube, est une Maria bouleversante, passant de la timidité à une présence lumineuse qui écrase presque le reste du casting. Ansel Elgort compose un Tony convaincant, et Ariana DeBose est une révélation éclatante en Anita. Mais c’est surtout la présence de Rita Moreno, désormais Valentina, qui donne au film une profondeur supplémentaire : un lien direct entre 1961 et aujourd’hui, entre mémoire et réinvention.
Rien n’obligeait Steven Spielberg à refaire West Side Story. Aucun studio ne l’exigeait. Il l’a fait pour lui. Et pour son père. À une époque dominée par les franchises recyclées, ce geste a quelque chose de profondément artistique, presque intime.
J’ai pleuré du début à la fin, dès le prologue, plus nerveux, plus épuré que celui de Robbins et Wise. Je me suis longtemps interrogé sur le bien-fondé de ce remake, mais force est de reconnaître qu’il m’a emporté. J’ai pensé à mon père. J’ai été touché de voir Spielberg dédier le film au sien. Et j’ai aimé constater que les petits-enfants de mon père avaient, eux aussi, désormais leur propre West Side Story.
Certains préfèrent encore la version de 1961. Les discussions familiales sont parfois animées. Mais au fond, c’est peut-être ça, la plus belle réussite du film : avoir relancé la transmission.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Top 10 Films, Les meilleurs films de 2021 et 2022 : Films (re)vus
Créée
le 24 janv. 2022
Modifiée
le 29 janv. 2026
Critique lue 258 fois
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