Whitney
6.8
Whitney

Documentaire de Kevin Macdonald (2018)

A l’image de l’excellent Amy (film documentaire sur Amy Winehouse donc), Whitney se situe très loin de l’hagiographie et explore les zones les plus sombres de l’artiste, de la femme, de la mère, pour tenter de comprendre et d’expliquer ce qu’on imagine vite comme une inéluctable descente aux enfers. Sans concession mais avec empathie et une certaine tendresse, le réalisateur Kevin Macdonald mène une enquête fouillée et s’appuie sur de nombreux témoignages au sein de sa famille ou de son entourage professionnel.
Le montage, puissant et intelligent, fait alterner confessions de proches, vidéos intimes de la diva et images d’archives rendant compte du climat politique aux Etats-Unis à chaque étape importante de sa carrière. Le film permet ainsi de mesurer l’impact que Whitney Houston a pu avoir dans son pays, mais met aussi en exergue une relation ambiguë avec la communauté afro-américaine dont elle est issue. Des émeutes raciales qui ont profondément marquées son enfance aux huées du public du Soul Train awards en 89 qui lui reprochait de s’éloigner de ses racines, l’artiste a parfois eu du mal à assumer son statut d’icône, de pop star noire issue du ghetto, refusant un rôle de porte-étendard.
Le film met également en lumière ses addictions, ses démons qu’elle a longtemps refusé de combattre, la drogue et l’alcool, encouragée dans sa consommation dès son adolescence par ses frères puis plus tard par son mari, le rappeur Bobby Brown. Whitney met également longuement l’accent sur les dérèglements de ce mariage, entre passion, fuite, auto-dépendance et jalousie, sans pour autant lever totalement le voile sur sa relation avec son assistante Robyn Crawford, et sa bisexualité qui fait peu de doute.
Mac Donald n’omet pas non plus le rôle de l’argent dans le destin tragique de la chanteuse, comme il corrompt les relations les plus fortes, comme il biaise le regard des autres. Si elle est rattrapée par ces démons et sombre lentement, c’est aussi parce que personne dans son entourage n’a su ou pu la sauver, elle refusant la seule main tendue désintéressée, celle de Robyn. Il est assez clairement sous-entendu que personne ne souhaitait vraiment que la machine à cash ne se mette en pause…
Tout ça, on le savait peu ou prou. Mais c’est une révélation inattendue, une faille intime qui s’avère être la clef de son mal-être. Lorsque Kevin Macdonald parvient à obtenir un témoignage qui évoque les attouchements auxquelles Whitney aurait été exposée enfant, les pièces du puzzle se mettent enfin en place. Et d’apporter un nouvel éclairage sur le portrait d’une petite fille apeurée et aveuglée par les flashs et les spotlights, une artiste surdouée qui ne se sera jamais trouvée en tant que femme, qui n’aura jamais pu être une mère pour sa fille, au destin tout aussi fracassé, occupée à être ou à détruire ce que les autres voulaient qu’elle soit.
Édifiant et d’une infinie tristesse.

Créée

le 11 sept. 2018

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