WHO
3.5
WHO

Film de Wil Aime (2026)

Un bon début a retravailler pour mieux performer

Ça faisait un moment que Will Aime, révélation des plateformes comme YouTube et Vine, n'avait plus sorti de production. Je suis donc entrée en salle sans attentes démesurées, ce qui au fond m'a aidé à ne pas être trop dure dans la notation. D'autant que le film est entièrement indépendant, et que passer du format court au grand écran reste un défi que peu réussissent du premier coup.

Cela dit, j'ai apprécié Who. Will Aime fait ce qu'il sait faire, et il essaie sincèrement de le transposer en langage cinématographique. Le problème, c'est que c'est justement là que le bât blesse.

Je pense que cette histoire aurait été bien plus appréciable en format série. Il y a une condensation d'informations trop dense pour un visionnage en one shot, sans possibilité de retour en arrière. On sent le récit compressé, étouffé par lui-même. Une sensation d'empilement d'idée sans réel fil conducteur. Dans le même registre, la narration off est omniprésente, comme si le film ne faisait pas encore confiance à ses propres images pour raconter. Or au cinéma, quand un narrateur doit constamment expliciter ce qu'on voit à l'écran, c'est le signal que le travail visuel n'est pas encore abouti.

Visuellement, on navigue à vue. Tout est monochrome, et pas de façon stylisée. On peine à distinguer le passé du présent, les temporalités se fondent les unes dans les autres sans que la mise en scène nous donne les clés. C'est frustrant, surtout pour un film qui parle de gangsters, il y avait matière à dynamiser tout ça avec des partis pris de couleurs plus assumés. Côté cadrage, j'ai eu plusieurs haut-le-cœur. L'image tangue, tremble, sans que ce soit une intention esthétique lisible. Un stabilisateur aurait été le bienvenu, même si je peux comprendre les contraintes budgétaires. Le film a visiblement été tourné sur plusieurs années, cela se ressent : la qualité de l'image est inégale. Parfois des plans soignés, presque beaux, et parfois tout devient flou sans aucune justification scénaristique. Sans oublier les cuts taillés pour TikTok, pas pour une salle obscure. Au cinéma il faut laisser les scènes respirer, laisser le spectateur s'imprégner. Là on coupe avant même d'avoir eu le temps de ressentir quoi que ce soit.

Le point le plus douloureux reste le jeu d'acteurs. Un ou deux comédiens tirent leur épingle du jeu, et on les remarque immédiatement. Mais le reste du cast peine à convaincre. Ce qui m'a le plus surprise, et pas agréablement, c'est de voir des personnalités qui font de très belles choses sur les réseaux, et qui ici n'arrivent à transmettre aucune émotion. Il y a notamment un monologue qui aurait pu être une scène marquante, intense, mémorable. Il s'est transformé en moment de gêne. Dans la salle où j'étais, des rires ont fusé, et pas du tout au bon endroit. Quand le public rit là où il devrait être touché, le message n'est tout simplement pas passé.

On sent aussi que le réalisateur a voulu montrer qu'il n'avait pas totalement disparu et qu'il est à la page, avec quelques références glissées ici et là. L'intention est compréhensible, probablement pour toucher plusieurs générations. Mais ça détonne avec le langage presque soutenu des gangsters, créant un décalage de ton qui trouble la cohérence du film.

Ceux qui suivent ses réalisations depuis un moment reconnaîtront sans mal les influences et adoreront sans règlement se poser de questions plus profond : des mangas, le jeu du Loup-Garou, une certaine façon de construire les retournements. J'avais parfois l'impression de retrouver quelque chose de déjà vu dans la logique scénaristique, je me revoyait parfois dans le gendre, ce qui diminue quelques surprises. Et si le film revendique que chaque détail compte, alors il aurait vraiment fallu que les détails comptent jusqu'au bout. Ce n'est pas toujours le cas.

Malgré tout, j'encourage sincèrement Will Aime à continuer. Ce dont il a besoin, ce sont des retours constructifs, pas les applaudissements de fans inconditionnels qui valident tout sans questionner. Ce sont les critiques honnêtes qui font qu'on ne soutient pas quelqu'un en lui mentant. Pour ma part, j'irai voir sa prochaine production, car malgré tout je le soutiendrai toujours car son parcours n'est pas facile. Et comme il a pu le dire en interview c'est parce que je sais qu'il a beaucoup de potentiel que je me permets de faire une tel critique.


marinelaparte
7
Écrit par

Créée

le 31 mai 2026

Critique lue 645 fois

marinelaparte

Écrit par

Critique lue 645 fois

10
3

D'autres avis sur WHO

WHO

WHO

7

marinelaparte

le 31 mai 2026

Suivre

Un bon début a retravailler pour mieux performer

Ça faisait un moment que Will Aime, révélation des plateformes comme YouTube et Vine, n'avait plus sorti de production. Je suis donc entrée en salle sans attentes démesurées, ce qui au fond m'a aidé...

WHO

WHO

7

Nicksson21

le 2 juin 2026

Suivre

C'est qui ce Boug ?!

Film injustement critiqué par un public qui attendait un Christopher Nolan, alors qu'on est clairement dans l'univers de Wil Aime, avec ses qualités et ses défauts. On retrouve ce qui faisait le...

WHO

WHO

5

flowrak

le 31 mai 2026

Suivre

Critique de WHO par flowrak

Will Aime est un créateur de contenus extrêmement populaire, notamment porté par Vine et YouTube. C'est vrai qu'il représentait un âge d'or de la création de contenu notamment grâce à ses caspules...