Lorsque Leigh Whannell, réalisateur et scénariste remarqué pour Upgrade et Invisible Man, annonce son retour avec Wolf Man, reboot du classique de 1941 écrit par Curt Siodmak, l’attente est naturellement teintée d’excitation. Le projet semblait cocher toutes les cases d’un renouveau malin des monstres Universal : un regard contemporain, un traitement viscéral et une ambiance angoissante enracinée dans la paranoïa. Ajoutez à cela la patte de Blumhouse, une distribution prometteuse (Christopher Abbott, Julia Garner) et une bande-son signée Benjamin Wallfisch, et tout était en place pour un cocktail de frissons néo-gothiques. Pourtant, à l’arrivée, Wolf Man peine à sortir du bois. Un comble pour une créature censée incarner le chaos et la sauvagerie.
une morsure sans venin
Reprenant le canevas classique de la malédiction transmise, Wolf Man opte ici pour une approche pseudo-naturaliste, évoquant un virus transmis par la faune sauvage. L’idée, pourtant fertile, s’épuise rapidement dans un récit linéaire, convenu et sans vraie tension dramatique. L’exposition est maladroite, les ellipses abruptes, et le développement des personnages, notamment la famille Lovell, reste superficiel. Les conflits familiaux sont à peine effleurés, et le potentiel émotionnel du lien père-fils est sacrifié au profit de scènes de cache-cache forestier répétitives. On sent la volonté d’actualiser le mythe, mais le film reste prisonnier d’un traitement trop sage, trop timoré, presque aseptisé.
Performances : des acteurs livrés à eux-mêmes
Christopher Abbott tente d’insuffler une intensité tragique à Blake Lovell, mais il semble souvent perdu dans une écriture qui ne lui donne que peu de relief. Julia Garner, habituellement magnétique, est sous-exploitée dans un rôle de soutien fade. Sam Jaeger, en père bourru, surjoue l’autorité virile et manque cruellement de nuances. Quant au reste du casting, il est trop fugace ou caricatural pour imprimer une quelconque trace. Le film rate ainsi l’une des clés du genre : l’empathie pour la créature et ceux qu’elle détruit.
Une caméra pudique pour un récit impudique
Visuellement, Whannell retrouve par moments les fulgurances plastiques de Invisible Man, avec une mise en scène épurée, des cadres soignés, et une photographie crépusculaire signée Stefan Duscio. Certaines séquences en forêt dégagent une vraie tension atmosphérique, notamment grâce à l’usage du hors-champ et à la verticalité de la tour de chasse. Mais ces fulgurances sont noyées dans une mise en scène trop académique, qui n’ose jamais l’hystérie, la violence ou le grotesque pourtant attendus dans ce genre de relecture. Là où on espérait une relecture viscérale et organique du mythe, on hérite d’un drame familial à peine lycanthropique.
Vibrations macabres et larsens du deuil
Benjamin Wallfisch, compositeur de talent (notamment pour It et Blade Runner 2049, en collaboration), livre ici une partition élégante, mais trop en retrait. Les nappes électroniques se fondent dans une ambiance sonore minimaliste, manquant d’éclats. Aucun thème ne marque durablement, et les crescendos attendus lors des scènes de transformation ou de chasse restent fades. Le sound design global est propre, mais trop propre, à l’image d’un film qui n’ose jamais vraiment hurler.
Une relecture sans vraie proposition
Le film ambitionne sans doute une métaphore sur la violence héréditaire ou la transmission du traumatisme, mais n’approfondit jamais ses thématiques. Le sous-texte écologique (faune malade, humains envahisseurs) est esquissé puis abandonné. Le résultat est un film tiède, ni assez effrayant, ni assez touchant, ni même assez spectaculaire. On est loin des ambitions allégoriques d’un The Babadook ou de la radicalité formelle d’un The Witch. Ici, tout semble filtré, édulcoré, sous contrôle.
Verdict : 3/10
Malgré une base solide et une équipe prometteuse, Wolf Man version 2025 échoue à réinventer le mythe du loup-garou. Trop sage, trop plat, il ressemble à un pilote de série avorté plutôt qu’à une proposition de cinéma. Whannell, qui avait pourtant prouvé sa capacité à injecter du sang neuf dans les genres codifiés, livre ici une œuvre fade, presque impersonnelle. À vouloir trop contenir sa bête, il l’a tout simplement étouffée.
Un remake qui, faute d’oser, finit par s’oublier dès le générique de fin.