Il m’arrive parfois d’avoir besoin d’une porte d’entrée pour pénétrer une œuvre. Ce fut précisément le cas avec Women Talking, réalisé par Sarah Polley. Adapté d’un roman à la réputation solide — que je n’ai pas lu —, le film ne s’offre pas d’emblée. C’est avant tout la trajectoire de sa réalisatrice qui m’y a conduit.
Longtemps perçue comme une promesse du cinéma en tant qu’actrice, Sarah Polley a vu sa carrière bouleversée par un traumatisme sur le tournage de Les Aventures du baron de Münchhausen de Terry Gilliam. Une expérience qui l’a durablement marquée, mais dont elle semble avoir tiré une sensibilité rare, aujourd’hui pleinement déployée dans sa mise en scène.
Le sujet de Women Talking est, en soi, d’une austérité redoutable : une assemblée de femmes, réunies dans une grange, au sein d’une communauté religieuse coupée du monde. Victimes de violences sexuelles répétées, elles doivent décider de leur avenir. Le dispositif est minimaliste, presque théâtral : le film repose essentiellement sur la parole, les débats, les tensions morales. Le regard, quant à lui, se place à hauteur d’enfance, filtré par la présence discrète de deux petites filles.
La photographie, volontairement délavée, confine à une quasi absence de couleur, comme si le monde lui-même s’était retiré. Cette esthétique participe d’un sentiment d’aridité qui, dans un premier temps, m’a tenu à distance.
Et pourtant, le casting impressionne. Frances McDormand, Claire Foy, Jessie Buckley — toutes livrent des performances d’une grande justesse. Au milieu de cette assemblée féminine, un seul homme : Ben Whishaw, d’une délicatesse remarquable.
Mais la véritable clé d’entrée, pour moi, fut Rooney Mara. Il y a, dans son jeu, une douceur presque irréelle, une lumière intérieure qui traverse l’écran. Son sourire, fragile et lumineux, agit comme une brèche dans l’austérité du film.
Car Women Talking, derrière son apparente rigueur, est un film habité par l’espoir. Et c’est précisément Rooney Mara qui en devient le vecteur. Elle y insuffle du cinéma, presque malgré elle, dans un dispositif qui pourrait n’être que discursif.
Ainsi, Women Talking demeure une œuvre exigeante, parfois difficile d’accès, mais traversée d’éclats de grâce. Un film important, sans concession, qui demande au spectateur un véritable engagement — mais qui, en retour, offre une expérience profondément habitée.