Wonka
6.1
Wonka

Film de Paul King (2023)

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Court résumé :

Le jeune Wonka débarque en ville avec presque rien, si ce n’est un rêve : partager son chocolat au plus grand nombre. His American Dream. Va-t-il réussir ? Lui, le pauvre sorti tout droit d’une friperie Emmaüs... 

Devant lui, trois chefs d’entreprise tiennent le monopole du chocolat au sein des galeries marchandes. Alors même que Wonka possède le meilleur chocolat, son commerce ne peut prospérer. Pour cause, ces sales oligarques complotent avec les plus hautes forces publiques : la police et l’Église. Malheur ! Entorses répétées à la concurrence pure parfaite, chère à nos Dieux les Libéraux. Pour que Wonka accomplisse son rêve, il devra révéler au grand jour les manigances frauduleuses des trois chocolatiers. 

Le problème c'est le discours du film à travers Wonka


Après avoir signé un contrat (de travail ?), Wonka se retrouve prisonnier dans une auberge de pauvres qui profitent d’autres pauvres endettés pour exécuter leurs corvées. Dans le but de libérer ces sous-prolétaires, Wonka a LA bonne idée. Non, ils ne vont pas grossir les rangs de la CGT. Plus insidieux encore : une machine à laver autonome ! Le tout rendu possible par l’utilisation détournée du désir insatiable de chaque chien envers la friandise. Rares sont les pensées insurrectionnelles chez le clébard. Belle manœuvre !


Redevables à Wonka Le Mégalo, les ex-prisonniers sont tous fous de son chocolat. Ces gens ne sont que des boules consuméristes ambulantes. Comme à peu près tous les figurants du film...  

Quand Noodle goûte son premier chocolat de la marque Wonka, elle tire la gueule. Non pas parce qu’il est mauvais. Mais parce qu’elle sait qu’elle en voudra à nouveau. Clairvoyante la gamine ! Maintenant qu’elle sait que ça existe, c’est compliqué de vivre sans. Désormais esclave de son désir, voilà le bon moment pour Wonka de lui servir la soupe réchauffée de la liberté. Alors même qu’il vient de créer chez Noodle un besoin difficile à satisfaire compte tenu de ses conditions d’existence en tant que jeune captive. Sauf si elle accepte de travailler pour lui, évidement. Dans ce cas précis, il s’agit de fuir cette auberge crasseuse pour l’aider à marchandiser le diabète. Le chantage par le travail subtilement mis en boîte (de chocolat ?).   



« L’avidité prime sur la bonté », déplore Noodle.

C’est le message que semble dénoncer le film, maladroitement. Mais ce n’est pas en montrant Wonka jetant une pièce à un gamin qui cire des pompes que ça va marcher. Car ironiquement, son personnage phare ne deviendra phare que par ce principe d’avidité. Avec Wonka, rien n’est amour, tout est intérêt. Wonka devient Wonka, en exploitant sournoisement le pire de la nature humaine.


Le film aurait pu être intéressant s’il se montrait critique envers Wonka mais il ne le fait nullement. Tout va dans son sens. Personne ne remet en question sa soif marchande. Le manichéisme inhérent aux blockbusters ricains est là pour garantir sa bonne morale face aux oligarques. Lui, il ne l’a pas volé son talent (contrairement aux trois cabotins). Wonka est l’incarnation du mérite. C’est le héros pauvre que les riches raffolent.

Mais Wonka MÉRITE-t-il son succès ? 


Quand on sait qu’il a volé l’ingrédient principal de tout chocolat, la fève de cacao, à un (petit) peuple des îles. Un peuple visiblement trop protecteur pour en faire commerce ?

Quand on sait également qu’il a piqué la recette de « son » chocolat à sa mère la pauvre. Une femme visiblement trop désintéressée pour en faire commerce ? 

Et le plus affligeant c’est qu’il ne met jamais la main à la patte. Il sort tous ses chocolats d’une « mallette-machine ».

L’entièreté de sa boutique est gérée par une bande d’ex-exploités qui voit leur liberté dans une nouvelle forme de travail. Boulot qui consiste en grande partie à pédaler sur un vélo pour animer le magasin. Double aliénation.

Et quand sa boutique vient à brûler, il regarde ses employés (jamais nommés comme tel, naturellement) en train d’éteindre les dernières flammes... 

Ah si on le voit traire une girafe à un moment ! Il aurait pu payer les services d’un sous-traitant. 

Ce qui démarque Wonka des autres, c’est de jouer pleinement le jeu du monde dans lequel il est. Autrement dit : jouer le jeu du boutiquier. Valoriser, Développer, exporter, capitaliser, recommencer. Belle gueule et beau-parleur en prime, c’est le gros lot pour réussir dans ce monde. 

L'implicite inavouable du film 


Un pauvre n’est pas voué à être pauvre, s’il décide d’exploiter à son tour. C’est le travail qui nous rend libre. L’argent ou les œufs en chocolat, c’est la même chose. Je te donne ce que tu désires en échange de ton temps, ton énergie, ton engagement. Quel beau message pour nos enfants. Tu hésites à me rejoindre : une bouchée de mon chocolat et ton discernement en sera altéré ! Et pouf ! Tu diras OUI pour rejoindre MON imaginaire. Mais quel est cet imaginaire ? Il parle du design de ces boutiques ? Soyons sérieux, il a tout pompé à M&M’S.  

Outre cet angle critique, le film ne sauve pas les meubles de son propre incendie. Le passif parental de Noodle est une sous-intrigue complètement inutile qui tombe comme cheveux dans la soupe. Les retrouvailles avec sa mère m’ont procuré autant d’émotion que la performance d’Hugh Grant en Oompa Loompa. Les mimiques stabilotées de Timothée Chalamet en Willy Wonka m’insupportent. Et le jeu boursoufflé des trois grands chocolatiers me serre les miches. Heureusement qu’il y a les interludes musicaux pour nous dire quand pleurer ou quand s’émerveiller... Le film aurait-il peur de laisser trop de liberté à ses spectateurs ? 

Bon point au duo d’aubergistes. Des bouffées d’air comiques dans ce film triste. Bref. 2/10. Pas d’indulgence pour un film de Noël en famille car l’exigence n’a pas de public. J’en veux pour preuve le Wonka de Burton.  

Bonus : A la fin du film, on sera heureux d’apprendre que l’opératrice téléphonique est de nouveau passionnée par son job de merde. 

Créée

le 1 janv. 2024

Critique lue 57 fois

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