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Un film qui aborde la question des procédures baillons déclenchées par les états autoritaires et les démocraties illibérales envers leurs opposants. Et qui le fait de façon intelligente : bien que le film puisse apparaitre au premier abord comme une critique du régime turc, le fait qu'il ait été tourné dans deux villes allemandes, Berlin et Hambourg, est un appel à peine voilé à la généralisation du propos à d'autres pays, notamment occidentaux. Difficile de ne pas le voir au moment, en France, où l'assemblée nationale s'apprête à voter une loi assimilant toute critique de l'état d’Israël à de l'antisémitisme. Bon bref, il est néanmoins possible que les producteurs allemands qui ont financé le film n'aient pas forcément vu ça au premier abord et se soient réjouis de financer un film anti Erdogan.
Les deux protagonistes principaux, Aziz et Derya (fort bien interprétés l'un comme l'autre), forment un couple bien installé dans sa vie bourgeoise. Disons que ce sont des bourgeois de gauche : monsieur est universitaire et madame est une comédienne vedette. Ils soutiennent néanmoins l'opposition au régime, notamment par leur travail. Ils vont l'un et l'autre être accusés de sédition (de séparatisme, pourrions-nous dire) et perdre leurs emplois et leurs sources de revenus, Aziz se voyant en plus coller un procès. Ce qui est intéressant -et c'est le propos de la plus grande partie du film - c'est qu'ils vont voir leur niveau de vie se dégrader et être finalement amenés à expérimenter en quelque sorte la vie des classes sociales inférieures : aller vivre chez la mère d'Aziz dans un appartement exigu, exercer un métier moins prestigieux pour monsieur, devoir inscrire leur fille à l'école publique. Tout cela n'allant pas sans leur foutre les nerfs et donc créer des tensions dans leur vie de famille. Le changement n'est jamais facile à la cinquantaine venue, surtout lorsqu'il s'accompagne d'une dégringolade dans l'échelle sociale. Mais cela leur permettra de voir à quoi ressemble la vie des personnes qu'ils s'imaginaient défendre. Et de mettre à plat leur relation à propos d'un certain nombre de sujets qui demeuraient enfouis dans leur confort, à l'occasion d'une scène d'engueulade très réussie.
Tout ça est mis en scène et filmé de façon très pertinente, très vraie, sans jamais tomber dans la caricature. Et la fin du film explore, sans jamais tomber dans le pathos ou dans le jugement, les deux options qui s'offrent à eux : en rabattre et jouer le jeu du régime pour retrouver un certain standing ou persister dans l'opposition et demeurer marginal. Et en dépit des destins divers qu'ils choisissent d'embrasser, les deux personnages parviennent tout de même à trouver certains terrains d'entente dès lors qu'il s'agit de leur fille. Ce qui fait que le réalisateur fait montre d'une parfaite neutralité s'agissant du meilleur parti à prendre et offre au spectateur un fin ouverte qui renforce le côté témoignage du film.
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Créée
le 12 avr. 2026
Critique lue 35 fois
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