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le 14 sept. 2014
SuivreZero est égal à 100%
Je pense qu'on peut m'accuser de ne pas être objectif face à Terry Gilliam et à son nouveau film. Ben vous savez quoi, l'objectivité, je l'emmerde! Les acteurs sont excellents (Christoph Watlz est...
Dans un futur incertain, Qohen Leth est un programmeur renfermé qui ne supporte pas le monde dans lequel il vit. Il n’aime pas l’entreprise qui l’embauche, mais la direction fonde de grands espoirs sur lui. Elle lui confie le mystérieux projet Zero Theroem dont Qohen Leth ignore tout.
Si Terry Gilliam s’est illustré avec les Monty Python au début de sa carrière, sa filmographie est bien moins humoristique (L’armée des 12 singes, Les frères Grimm ou l’Imaginarium du docteur Parnassus). On lui doit, entre autres, l’excellent, mais perturbant Brazil, et The Zero Theorem se réclame de la même veine. Terry Gilliam embauche Pat Rushin pour le scénario, un professeur d’écriture universitaire.
Tout d’abord, The Zero Theorem n’est pas un film de science-fiction, mais bien une œuvre surréaliste encore plus barrée que Brazil auquel elle ressemble beaucoup. Les symboles foisonnent et cachent un drame finalement assez psychologique.
Attention, ami lecteur ; les explications suivantes spoilent allègrement le film. Ne les lis qu’en connaissances de cause.
Qohen Leth présente des troubles autistiques : hypersensibilité (lumière, bruit), handicap social sévère, différentes phobies, perception de soi difficile (il parle de lui à la première personne du pluriel et a du mal à identifier ses émotions). Son existence se résume à une peur de la mort qu’il semble finalement espérer, car il refuse de vivre ; le coup de fil qu’il attend n’est qu’une excuse pour rester cloîtré chez lui. Par ailleurs, son rêve de trou noir ne paraît pas effrayant, bien au contraire, et la chute du film semble confirmer ce fantasme. En outre, Pat Rushin a construit le nom Qohen Leth comme un jeu de mots. En effet, si l’on rassemble phonétiquement son prénom et son nom, on obtient Koheleth (קֹהֶלֶת). Dans l’Ancien Testament, ce nom hébreu signifie « L’Ecclésiaste ». Mais si on le décompose, on obtient Kohen (כֹּהֵן), « Prêtre » et Let (לֶת), « tuer ». Littéralement, le prêtre de la mort. Du coup, on comprend beaucoup mieux pourquoi le héros vit dans une église ainsi que son obsession pour la mort.
Cette volonté de mourir s’explique par sa terreur de vivre et son refus catégorique de participer à son existence : il refuse l’amitié de Joby, les avances de Bainsley et les conseils de Bob. Enfermé chez lui, il attend de trépasser.
La fin bascule carrément dans l’onirique et le spectateur ne sait plus où il est. Qohen Leth était-il dans la réalité ? Dans un monde virtuel ? Dans son imaginaire ? Ou dans l’au-delà ? La réponse ne sera jamais donnée, et c’est au spectateur de se débrouiller. Mais des indices orientent la réflexion. Tout d’abord, le marteau ressemble à un outil de destruction de structures mentales, et le héros s’en sert pour exprimer sa colère. Ensuite, l’ordinateur central de Mancom symbolise le cerveau même de Qohen Leth. C’est pourquoi il se rebranche tout seul (c’est un organe qui se répare), mais un simple coup de marteau le fait voler en éclat (la destruction des structures mentales). Dès lors, l’inconscient surgit et dévoile le fantasme de mort qui dévore la psyché de Qohen Leth. La dernière scène sur la plage virtuelle montre la paix que trouve enfin le héros, et le coucher de soleil qu’il provoque en plongeant lui-même l’astre dans la mer semble confirmer la fin volontaire de sa vie (la symbolique de la disparition du soleil et de la venue de la nuit est limpide).
Dès lors, The Zero Theorem est un film nihiliste sur l’inutilité de la vie (100 % = 0) et le fantasme de mort. La ressemblance avec Brazil est frappante, avec le héros inadapté, l’autorité, la femme désirable qui permettrait au héros de s’ancrer dans la réalité, et la fuite finale. Toutefois, Brazil est bien plus clair dans son message (notamment l’effondrement mental) alors que The Zero Theorem reste vague, flou et n’a finalement pas le courage de délivrer ouvertement son message. Force est de constater que Terry Gilliam nourrit les mêmes obsessions depuis 30 ans. Pour le coup, L’armée des 12 singes ressemble plus à une tentative de rationaliser sa peur dans la réalité en imaginant un monde voué à la mort pour une raison tangible. Mais, au final, The Zero Theorem est, comme Brazil un fantasme de suicide par peur de vivre.
Les acteurs se démènent pour coller à ce délire surréaliste et leurs prestations ont une qualité indéniablement. En revanche, les décors, notamment virtuels, sont un peu légers, à moins qu’ils ne servent qu’à renforcer l’idée que le film se passe essentiellement dans la tête de Qohen Leth. Enfin, le monde n’est pas du tout travaillé, mais on s’en fiche, car c’est un film surréaliste.
The Zero Theorem est un film opaque sur la peur de Terry Gilliam qui plaira essentiellement aux amateurs de surréalismes ainsi qu’aux inconditionnels de ce réalisateur.
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le 14 sept. 2014
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