Retracer l’histoire d’un des plus gros clubs de musique techno de Belgique aurait pu aboutir à un film de niche uniquement destiné aux clubbers initiés. Mais il n’en est rien. Robin Pront prend le parti de s’inspirer de faits réels pour nous concocter une sorte d’hybride entre le biopic décalé couplé à un polar à la fois violent et drôle. Et il faut dire que cela fonctionne la plupart du temps. En effet, au vu du résultat, on se demande parfois si le format d’une mini-série n’aurait pas mieux convenu tant certains passages semblent un peu elliptiques et que certains personnages ou sous-intrigues auraient pu être davantage développés. Par exemple, la mise en route du club est un peu rapide, comme s’il manquait quelques scènes, et il y a aussi des moments ou des protagonistes qui auraient eu matière à être plus creusés. On a aussi quelques dialogues et séquences qui font un peu cliché ou simplistes. Au niveau de la mise en scène, on alterne ici les références à un certain cinéma (notamment celui de Guy Ritchie première période) de manière fort appuyée et d’autres qui frôlent parfois un kitsch assez en adéquation avec l’époque de ces années 90 parfaitement retranscrites. Mais Pront nous gratifie également de purs moments de mise en scène inspirés et épatants comme cette séquence sur le port devant les containers mais aussi et surtout les scènes de liesse dans le club qui en mettent plein la vue. Le cinéaste flamand parvient à rendre la démesure et les folies de cette gigantesque discothèque qui n’aura pas fait long feu.
On suit donc, comme dans tout biopic de célébrité, l’ascension puis la chute d’un sacré personnage de cinéma en la personne de Franck Verstraeten. Un jeune homme aussi ambitieux et talentueux qu’iconoclaste et déplaisant. On sent que « Zillion » hésite souvent entre faire le portrait de cet homme en parallèle de l’immense institution qu’il va créer et une intrigue de polar complètement azimutée à base de truands, de problèmes avec la justice et le voisinage et de trahisons. Mais les près de deux heures et demie du long-métrage passent à une vitesse folle, les rebondissements et les séquences de fiesta s’enchaînant à un rythme bien dosé. La distribution semble se prêter avec plaisir au jeu de ce délire 90’s et la bande originale des morceaux électroniques de l’époque est un délice pour les oreilles. Plus qu’un gigantesque clip ou un film de drogue et de sexe comme le scande l’affiche, le film prends le pouls d’une époque insouciante ou toutes les folies étaient permises au grand dam de certaines personnes. On suit le schéma classique des balbutiements d’une carrière, suivis du succès voire du carton plein du Zillion avant sa chute, certes attendue, et celle de son instigateur. Si « Zillion » pêche parfois par excès sur certains points et manquements par d’autres, cela reste un joli et généreux morceau de cinéma qui, à travers l’histoire d’un club mythique, dresse le portrait d’une époque et d’une certaine culture musicale et de la fête.
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