La Guadeloupe, une île qui respire par la beauté de ses paysages. Tendre refuge qu'elle se raconte pour survivre à ses vérités.
La mer, immense et chaude, toujours là sous les vents marins, cache une caresse bleue qui, chaque soir, se change en nuit épaisse et moite, où poussent de jolies plantes tropicales, au milieu d’Iguane sauvages qui errent et se glissent dans chaque ruelle de ces immeubles gris, pour des lendemains qu'ils voudraient explosifs. Entre billets froissés et sachets glissés dans la main, c'est la pauvreté d'une bouteille partagée, que la fumée élève, et que les anciens observent sans vraiment comprendre. Brutale et sans pitié.
Mais il y a aussi les belles de jours, et les faux soleils, maigres illusions qui s'accrochent et détruisent un peu plus chaque jour, vers un enfer sombre, pour des voyageurs sans terre ni lumière.
Dans ce décor d'île paradisiaque, où les prix sont chers et l'eau trop rare, vit Chris, remarquablement interprété par Sloan Descombes, à l'image de cette île : imparfaite et magnifique.
Petit trafiquant de drogue et chasseur de femmes, il veut gagner vite et dépenser bien, jusqu'au jour où le destin lui dépose devant sa porte un fardeau, ou peut-être un miracle : un bébé nommé Zion, dans un petit sac, accompagné d’un mot : « c'est ton gamin ».
À cet instant, à la fois dans le regard muet et le sourire de cet enfant, c'est le chaos qui débute pour Chris, partagé entre son contrat qu'il doit honorer auprès de ses trafiquants et le poids de ce bébé. C’est aussi le souvenir de son enfance qui le rappelle et qui le hante. La culture d'un pays qui le ramène à ses racines, à son père. Des blessures surgissent quand il voit au loin cette douleur, qui remonte jusqu’aux cicatrices coloniales. Une mort injuste, venue d’une police de métropole. Alors il fuit l’autorité trahissante, traqué par son passé comme par son présent, sur une île bien trop petite pour s'évader, où certains voudraient le voir mort.
Pourtant, l'espoir de vivre et de crier sa colère ne cesse de monter chez toute la jeunesse guadeloupéenne. Pendant que certains réclament justice, d'autres fabriquent leurs propres règles dans l’illégalité, là où Chris se voit désormais traqué tel un rat.
Sa course n’est plus la sienne, mais celle d’un enfant qu’il veut arracher à la nuit. Un autre chemin qu'il veut sauver de ce monde qui se fissure. Réparer son histoire, qui pouvait se lire à travers les photos d'une chambre suspendues aux yeux d'une mère pour son fils.
Il fuit jusqu’au moment où il ne peut plus, la mort au bout du viseur, quand soudain l’innocence d’un nouveau-né et le fantôme de l’au-delà, qui soudainement s’efface, disparaissent sans un mot.
Il ne reste plus à Chris que ces voix prophétiques de malheur qui résonnent en lui pour lui indiquer la voie : celle de cet enfant qu'il n'a jamais voulu abandonner, Zion. Symbole d'un espoir, cette île rêvée, difficile à atteindre.
Le film de Nelson Foix oscille entre mémoire et révolte. Une parabole honnête et tragique d'une jeunesse et de son peuple.
Entre carnaval coloré, colère et fatalité, Zion n'est pas qu’un simple drame social : c’est aussi le récit intime et politique d'une Guadeloupe, de sa langue, de sa poésie des ruines, de ces tous petits riens et de ces grands recommencements.