Bien évidemment peu connu en Europe et en France, l'Affaire du Zodiac a pourtant bien ébranlé l'Amérique durant le début des années 70, ce serial killer ayant fait trembler les habitants de San Francisco avec ses meurtres sordides et ses jeux de piste incessants. Durant l'enquête, beaucoup d'encre a coulé et un film vaguement inspiré de l'affaire a même eu droit à un succès retentissant : L'inspecteur Harry. L'enquête a duré près de trente ans, passionnant certains, détruisant d'autres. Le cinquième film du génial David Fincher se concentre sur ce deuxième cas.
Zodiac suit donc l'investigation de principalement quatre personnes laissant tour à tour tomber l'enquête, leur vie se ruinant indice après indice. Nous avons donc le spécialiste des affaires criminelles (toujours aussi attachant Robert Downey, Jr. hélas trop peu exploité), puis deux inspecteurs (surprenant Anthony Edwards, imposant Mark Ruffalo) et enfin un jeune dessinateur de presse aussi passionné que candide (Jake Gyllenhaal, unique déception du film de par son manque de profondeur et finalement le peu d'intérêt porté à son personnage pourtant principal). Fincher propose donc une histoire vraie complète, longue, bourrée de détails et de dialogues imposants, bien dirigée et mise en scène de façon exemplaire.
Hélas, le film possède aussi pas mal de défauts : une chronologie maladroite, les indications de temps n'aidant pas forcément le spectateur à être dépaysé par rapport aux années qui passent, le look des personnages qui ne change jamais, nous déstabilisant quant au rythme temporel, une intrigue qui peine à pleinement captiver (certes fidèle à l'Histoire mais dont il manque un certain punch pour que l'on soit vraiment passionné par l'enquête en cours) et enfin un nombre de personnages, principaux ou secondaires, qui nous fait perdre le fil de l'intrigue, en complément d'une durée très longue (2h30) aussi essentielle qu'éreintante. Au final, Zodiac est un excellent docu-fiction moderne, réalisé d'une main de maître par un réalisateur passionné mais qui manque hélas d'un certain égard au spectateur pour que celui-ci soit pleinement happé par son scénario.