Meilleur film d’animation Disney depuis Tarzan à sa sortie et encore inégalé depuis à l’heure où j’écris ces lignes, Zootopia règne sur 25 ans années de productions plus ou moins hasardeuses. Si Tangled et Frozen réactualisait les films de princesse qui ont fait la renommée du géant aux grandes oreilles, Byron Howard et Rich Moore remettent sur le devant de la scène les aventures animalières (qui ont toujours été mes préférées dans la filmographie du studio) tout en modernisant l’esthétique par l’anthropomorphisme poussé jusque dans les fondements de la société présentée.
Animation de haute volée, designs mariant à la perfection l’esthétique Disney bien connue à l’univers dépeint, fourmillement des détails dans chaque plan : rien à redire, même près de dix ans Zootopia n’a pas pris une ride et reste une merveille de technique. Si Blacksad était arrondi et colorisé pour les enfants, il ressemblerait à ça.
Mais c’est également un film toujours aussi fort pour parler de ségrégation raciale et de xénophobie à nos petites têtes blondes. Et tout cela en reprenant à son compte une variation de la théorie du complot qui voudrait que l’administration Reagan, par le truchement de la CIA, ait inondé les ghettos noirs américains de crack pour ensuite rendre les sanctions pénales pour possession bien plus graves que pour la cocaine classique, drogue de blanc par excellence (la seconde partie est factuelle, la première sans aucun fondement solide). Une histoire de race dominante qui rend une minorité effrayante et donc sujette à la haine, tout ceci dans un souci de manipulation et de contrôle du pouvoir. Donc rien d’inquiétant dans la société contemporaine américaine…Si l’album Arctic Nation de Blacksad était adapté pour les enfants, il ressemblerait à ça.
Forme olympique et fond bien creusé, il n’y a plus qu’à ajouter un dispositif de buddy movie dans le schmilblick pour obtenir une réussite de tous les plans. Car la relation entre Judy et Nick (Jason Bateman parfaitement casté dans le rôle du goupil) permet de visiter la ville et le récit avec une réelle empathie pour ces deux parias qui gèrent le rejet de manières opposées mais complémentaires. Les beats du sous-genre policier sont bien là, avec ce que cela entend d’adoption de l’un et de l’autre à travers les épreuves, et on évite toute trace d’une éventuelle romance qui viendrait enrayer la dynamique pour se concentrer sur l’évolution de cette amitié au fil de l’enquête.
On est ainsi sur un film mémorable par son émotion, son humour franchement fendard (la quantité d’allusions et jeux de mots disséminés dans les décors et les dialogues me fait découvrir de nouvelles choses à chaque visionnage), son message et sa virtuosité visuelle. Autant dire que par rapport au second volet qui souffre grandement d’une redite plus sage (les temps ont changé), les bêtes de travail de chez Disney ne se sont pas ménagées.