Le premier mérite de 007 First Light est de ne jamais chercher à être plus intelligent qu'il ne l'est. À une époque où chaque blockbuster veut réinventer son genre, IO Interactive préfère construire des bases solides. Le résultat est paradoxal : un jeu qui réussit presque tout ce qu'il entreprend, sans jamais donner l'impression de repousser ses propres limites.
Cette retenue se retrouve partout.
Techniquement, First Light est une réussite. Les décors sont magnifiques, la mise en scène a du souffle et certaines séquences rappellent pourquoi le fantasme James Bond fonctionne toujours aussi bien. Mais dès qu'on cesse de regarder le tableau d'ensemble, les petites fissures apparaissent : des PNJ parfois figés, des animations moins convaincantes et un niveau de finition qui reste un cran en dessous des maîtres du blockbuster. Difficile, il est vrai, de rivaliser avec l'exigence d'un Naughty Dog.
Le gameplay raconte exactement la même histoire.
L'infiltration constitue clairement le cœur du projet. On retrouve l'ADN d'Hitman dans la manière d'observer un environnement, de contourner les obstacles ou de choisir son approche. Mais cet héritage a été considérablement simplifié. Les possibilités sont plus limitées, les systèmes moins profonds et, surtout, le jeu n'a pas toujours la confiance nécessaire pour faire de l'infiltration le véritable moteur de ses missions. Résultat : une excellente porte d'entrée vers le genre, mais pas une nouvelle référence.
Les séquences de tir suivent la même logique. Elles sont efficaces, lisibles, correctement rythmées... et immédiatement oubliées. 007 First Light applique consciencieusement les codes du TPS moderne sans jamais vraiment les interroger. On s'amuse, mais on a aussi la sensation d'évoluer dans un genre qui, lui, n'a pas beaucoup bougé depuis une dizaine d'années.
La bonne surprise vient finalement des combats au corps-à-corps. Plus techniques et plus nerveux qu'on pouvait l'espérer, ils injectent un peu de personnalité dans une formule parfois trop sage. Ce ne sont pas eux qui révolutionnent le jeu, mais ils lui évitent de sombrer dans une routine trop confortable.
Cette impression de retenue se retrouve également dans le récit. L'idée d'un James Bond encore inexpérimenté fonctionne bien et permet de découvrir un personnage plus humain qu'à l'accoutumée. En revanche, les antagonistes manquent singulièrement de présence. Dans un univers où les héros sont souvent définis par la qualité de leurs adversaires, cette faiblesse prive le scénario d'une partie de son impact.
Au fond, 007 First Light est un jeu qui préfère la maîtrise à l'audace. C'est une qualité... jusqu'au moment où elle devient une limite. Rien n'est raté. Rien n'est médiocre. Mais rien ne donne non plus cette impression d'avoir assisté à la naissance d'un nouveau classique.
Et pourtant, lorsque le générique apparaît, une idée s'impose. Cette première mission ressemble moins à un accomplissement qu'à une prise de contact. Comme Uncharted: Drake's Fortune avant que Naughty Dog ne trouve sa pleine mesure, 007 First Light pose des fondations bien plus qu'il ne construit un monument.
C'est un jeu qui ne laisse pas un souvenir impérissable.
Il laisse quelque chose de plus précieux : l'envie sincère de découvrir le prochain épisode.