007 : First Light a été une expérience rafraîchissante et surprenante. Surprenante, car je m’attendais à vivre une aventure complètement "casual" et dénuée d’intérêt. Sans être bouleversant, le moment a été très agréable.
Le jeu s’articule autour de 17 chapitres, dont 9 dédiés à l’action pure, pour une durée de vie se situant entre 15 et 20 heures en prenant son temps. C’est un excellent point : même si la fin tire un peu en longueur, le studio respecte notre temps de jeu en évitant les éléments classiques qui rallongent artificiellement la sauce, tels que les collectibles et autres objets inutiles.
La prise en main est efficace. Le jeu ne s'encombre pas de dizaines de boutons et de combinaisons complexes, et parvient pourtant à offrir une certaine originalité. Les combats à mains nues, par exemple, regorgent de bonnes idées. On peut bien sûr parer, esquiver et frapper, mais on a aussi la possibilité de balancer des objets de l’environnement, de saisir ses ennemis pour les fracasser contre le décor (qui se détruit en conséquence, ce qui est assez impressionnant), de les aveugler/empoisonner grâce à la Q-Watch, ou encore de réaliser des coups fatals. Cette variété m’a surpris et, même si l'action devient parfois un peu brouillonne, c’est sûrement l’un des aspects les mieux réussis du jeu.
Les gunfights sont également satisfaisants. Bien que l'on ait souvent l’impression d’être surpuissant (on enchaîne les tirs à la tête avec une facilité déconcertante), il convient de changer sans cesse de couverture, de fouiller pour trouver des munitions ou de battre en retraite en cas de danger. Malheureusement, on peine parfois à éviter l'affrontement direct : une fois découvert, si l’on n'agit pas vite et bien en neutralisant les ennemis qui appellent les gardes, la situation peut vite virer au chaos.
L’infiltration est plutôt bonne, même si l'on aurait aimé quelque chose de plus organique. Dans la phase de tutoriel, la Q-Watch est vendue comme essentielle : elle permet de faire tomber des éléments du décor pour assommer les gardes, de déclencher des explosions ou de créer des diversions. Pourtant, une fois dans le cœur du jeu, la montre s'avère parfois complètement inutile ou difficile à exploiter. Je pense notamment au niveau dans le sous-sol du château ou à la séquence de récupération du drapeau d’entraînement. Dans ces phases, trop peu d’éléments peuvent être piratés à distance (ou alors de manière inefficace), et l'approche se termine souvent en combat à mains nues, faute d’alternative. Au fil de l'aventure, on finit par assimiler les mécaniques pour devenir un as de l’infiltration... mais c'est malheureusement à ce moment-là que le générique de fin pointe le bout de son nez.
Côté investigation, les phases d’enquête sont généralement bien fichues et offrent une certaine liberté. Même si les ficelles sont parfois grosses (une énorme icône nous indique d'écouter aux portes, et, par le plus grand des hasards, les PNJ lâchent un indice crucial à la seconde où l'on tend l'oreille), ces mécaniques restent variées. On comprend vite l'étape suivante et le déroulé de l'enquête s'avère très ludique.
L’histoire ne m’a pas particulièrement marqué et s'appuie sur de trop nombreuses facilités scénaristiques. L'univers semble par exemple dénué de caméras, nous permettant de nous infiltrer dans des bâtiments ultra-sécurisés mais complètement vides, ou d'adopter un comportement hautement suspect sans jamais déclencher la moindre alerte. Néanmoins, la trame reste efficace. J’ai beaucoup apprécié la montée en puissance de Bond : le fait qu’on lui confie des missions toujours plus dangereuses et que, même lorsque le MI6 cherche à le mettre au placard, il trouve invariablement un moyen de redevenir le centre de l’attention.
En revanche, l’intrigue autour de Damien Webb ne m’a pas tenu en haleine. Il a eu tellement d'occasions de nous exterminer sans le faire que la situation en devenait comique. On peine également à cerner les véritables motivations de son père, Sir Nicholas Webb.
Mais cette distance avec l'intrigue est peut-être due à un autre défaut majeur du jeu : l'absence de doublage français (VF). Bien que la version originale soit d’une qualité irréprochable (difficile d'imaginer James Bond sans la langue de Shakespeare et son flegme britannique), le jeu est extrêmement bavard, ce qui complique le suivi. Outre des problèmes de synchronisation des sous-titres (qui démarrent en retard ou défilent trop vite), le syndrome de l'action-lecture frappe de plein fouet. Il est souvent nécessaire d'arrêter son véhicule ou de stopper sa marche au milieu d'une mission pour lire et comprendre les dialogues. La VO a beau être excellente, cette gymnastique casse inévitablement le rythme.
Enfin, côté graphismes et optimisation, c’est du très haut niveau. Je n'ai constaté aucun ralentissement, les décors sont variés, se mêlent parfaitement aux scènes d’action épiques, et la gestion des éclairages est somptueuse (mention spéciale à la scène dans la boîte de nuit, une véritable masterclass visuelle). Sur ce point, c’est un sans-faute absolu !
007 : First Light ne rentrera pas dans mon top 10 de la décennie, mais c’est une expérience que je peux aisément recommander. C’est efficace, bourré de bonnes idées et parfaitement ancré dans le lore de la franchise. IO Interactive a su créer un très bon jeu d'origine pour notre agent secret favori. Nul doute que la suite saura se montrer meilleure encore !