Pas vraiment un jeu d'auteur, mais un bon récit de science-fiction

Avis sur Death Stranding sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Critique garantie avec spoilers (mais pas trop, ça va), confinement et amertume

Dès le début, il est plaisant de reconnaitre les acteurs (ce que SC ne fait pas encore), même si l'ombrelle de Léa Seydoux a presque plus de charme qu'elle et quelle distribution, outre Guillermo Del Toro ou Nicolas Winfing Refn, Madds Mikkelsen sera grandement mis à l'honneur (avec en plus un beau double-jeu seigneur de guerre/père fragile).

Les inspirations de Kojima sont assez faciles à trouver parmi les oeuvres de science-fiction contemporaines, outre Alien/Prometeus, on a les films de Denis Villeneuve ou de Christophe Nolan, et on est heureux que ça aille un peu plus loin.
On a beaucoup dit que Death Stranding était un jeu d'auteur ( je pense que dès que c'est chiant, on qualifie ça de jeu d'auteur, sinon on peut aussi dire contemplatif ) plutôt un récit car comme dit par ailleurs, le gameplay est vraiment pauvre.

Mais revenons à l'histoire.

Quel dommage que notre héros soit le fils de la présidente, en faisant un clone anonyme, le récit aurait gagné en déshumanisation avec son prénom standard au possible et son nom qui est le même que la firme qu'il représenté, on sent clairement que le scénario a bien dû être tergiversé, mais on perdait l'opportunité de quelques beaux retournements de situation.
Et on a donc cette sensation comme souvent, que l'histoire a été taillé pour notre bon Sam Porter Bridges, difficile alors de croire en une quelconque volonté émancipatrice.
D'autant que quelle destinée exceptionnelle peut-on donner à un livreur ? On retrouve donc le côté routinier de la simple vie de ces nouveaux prolétaires que sont les livreurs.
On erre donc perdu dans des zones stérilisées de post-apocalypse et on finit même parfois sur cette Grève comme entre la vie et la mort que nous partageons tous au quotidien ( d'ailleurs voyez wristcutters a love story, un road-movie rom' com' sur le même sujet et qui est bien plus fandard que DS).

Les promenades sont longues (il n'y a presque pas de ruines à explorer) et mettent donc régulièrement notre patience à l'épreuve, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur notre manque de patience devant un paysage d'écran alors que nous admettons cette même patience contemplative devant un réel paysage (spoiler alert : non c'est faux, nous devenons de plus en plus impatient, cet ouvrage en parle mieux que moi :
https://www.senscritique.com/livre/La_Fabrique_du_cretin_digital/40276492 )
Le tout en ayant la liberté à tout instant de se transporter où on veux (l'aspect TP n'est que rarement expliqué en JV et l'avoir ici comme de nombreuses autres explications en fait sa richesse)
On trouvera une certaine recherche esthétique dans l'équipement, notamment l'ombrelle, les masques (et il y avait tellement matière à faire mieux) ou encore les menottes, à la fois, outil objet connecteur et carcéral, belle mais pas très subtile manière de s'en prendre au matérialisme contemporain.

Passé le lac, il met de nouveaux contextes géopolitiques en jeu introduisant ces communautés isolationnastes qui ont pour beaucoup pour but de se couper des liens omni-présents de l'histoire, on peut trouver une trace intéressante de problématique impérialiste ou colonialiste, mais si elle n'est abordée qu'avec trop de superficiliaté.
L'obligation de ces liens méritent interrogation, s'ils sont imposés avec la finesse d'une baleine souillée de pétrole sous gravillon radioactivement stérilisé, on sent bien la perte progressive de toute pertinence du propos ( "tout est connecté et lié, frère" "ouaaaahhh" en passant son spliff).
La construction des routes est de ce point de vue vraiment décevante, je veux bien qu'on veuille relier les gens entre eux et le connecter, mais il y a d'autres symboles que des routes putain ! C'est triste, ce seul point suffit à déboiter la vague revendication écologiste qu'il pouvait avoir.
Outre l'enjeu de relier entre eux des PNJ plus ou moins bigarré, on sent également que Kojima veut nous faire nous connecter entre joueurs, on va pas se mentir, c'est plutôt raté, mais on peut saluer cette tentative de vouloir hybrider un jeu clairement solo en multi (même si en fait généralement vouloir emprunter le voie intermédiaire, c'est de la connerie, les électeurs de LREM peuvent en témoigner).

L'histoire dans son ensemble sait s'offrir un certaine richesse surtout raconté par ce beau casting et avec un certain nombre de rebondissements.

Mais sinon, les défauts ne manquent pas : dialogues en polymère mousseux, un gameplay poussif avec un héros noyé dans un décor détaillé mais plutôt pauvre voir aride, on tente de porter là le purisme des réalisateurs de science-fiction du moment déjà cités.
La gestion des inventaires est également atroce, un comble après les multiples MGS et pour jeu qui veut nous exciter par son craft.
Pire, les récompenses qui ont une grande part sont aussi dures à appréhender, le système d'expérience avec juste un niveau est si faible, on croirait presque que Kojima veut nous dire : "toute votre branlette d'addiction aux récompenses, j'en ai rien à secourer, vous êtes juste là pour jouer" et pourtant on en passe du temps à encaisser de la récompense...
La BO trop discrète est également trop faible et lorgne trop du côté de Radiohead et consorts, et sinon durant les longs silences, on n'a droit à aucun bruit de nature hormis le flots de la rivière et du vent.

Transgresser vers un autre genre est toujours un exercice périlleux, mais dans ce cas, la migration d'un jv vers un récit littéraire ou cinématographique se passe plutôt bien.
Donc en conclusion, comme largement dit ailleurs, un jeu très pauvre, mais une assez chouette histoire à vivre, mais pas suffisamment forte.

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