Un amour modéré

Avis sur Final Fantasy X sur PlayStation 2

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Version PlayStation 2

Mon grand ratage du début de l'ère PlayStation 2 ! Et pourtant j'étais destiné à y jouer. La phase PSOne avait notamment été marquée pour moi par les épisodes 7, 8 et 9 de la saga Final Fantasy, qui avaient réussi de coup de force de faire entrer sur nos territoires européens un style de jeu encore trop mal connu : le J-RPG. Mais le début des années 2000 m'avait plutôt fait me tourner vers mes premières amours : Nintendo et sa GameCube.

Je ratais donc Final Fantasy X. La vitrine technologique de ce que la PlayStation 2 avait dans le ventre. Une nouvelle aventure épique. Un nouveau monde à découvrir. Un manque qui allait me porter jusqu'à l'épisode XII sorti plus de 5 années plus tard. Un épisode qui, à lui seul, permis l'émergence de la première (et très controversée) "suite" d'un FF.

Le temps est passé ... Mais la destinée persiste. Car c'est près de 15 années plus tard que je mettais la main sur Final Fantasy X, dans sa version HD Remix, sur PlayStation 3. Le temps était passé. Mes attentes de joueurs et ma perception avaient bien entendu évolué. Le J-RPG, genre redécouvert en Europe à la fin des années 1990, était passé has been depuis quelque temps, supplanté par les W-RPG, leurs open world et leur illusion de liberté.

Mais je répondais présent. J'avais envie. Très envie ! Trop envie de découvrir le monde de Spira et la légende de Sin ...

Le premier ressenti que j'ai de Final Fantasy X, c'est le ressenti des années 2000. Oui ! Malgré des défauts, il me semble que ce dixième opus de la saga est parfaitement en phase avec son époque. On note une véritable volonté de faire prendre corps à un univers, à un monde cohérent. On est encore loin d'Ivalice, de sa structure, de sa mythologie et de sa vie (car pour le coup, Spira est plutôt dans une phase mortifère), mais on a un véritable monde sous la main.

Et avant tout un monde à explorer. Car finalement, FFX, c'est avant tout un voyage, une initiation, une histoire dont on perçois dès le début qu'elle sera fortement marquée par son arc narratif. On parcours ce monde, témoin du pélerinage de la jeune Yuna dont on est le Gardien (tout du moins on fait partie d'une véritable troupe de gardiens ...), dans le but de le libérer du joug d'une malédiction incarné par le monstre Sin.

De ce point de vue, FFX est plutot une réussite, tant il retranscrit avec une certaine justesse un monde avant tout tourné vers la mort et la destruction, subissant une spirale infernale aboutissant inéluctablement à la démolition. L'aventure, ou plutôt le voyage, en est particulièrement imbibé : FFX, c'est une route vers le néant.

Oui ! Tiens ! Une route !!! Changement de registre complet pour ce nouveau paragraphe dans un registre un peu plus coup de gueule. Car oui : Final Fantasy X est bien une route, ou un couloir si vous préférez. Je préfère le dire très clairement, car vu les polémiques nées à l'occasion de la sortie, notamment de Final Fantasy XIII, il me semblait juste et cohérent de remettre les choses à leur place et de bien mentionner que ce dirigisme de la saga, qui n'est selon moi pas un mal en soi, n'est pas né avec le treizième épisode. Cet épisode X est un voyage balisé avec une narration structurée du début à la fin, certes avec 2-3 carrefours pour se donner l'impression du choix et quelques quêtes annexes (potentiellement indispensables ...), mais en tout cas la liberté d'action et de choix n'a que peu sa place dans cet environnement.

Là où FFX m'a le plus surpris, c'est dans le rythme et l'intensité de la narration. Final Fantasy, c'est notamment affaire de twist à répétition, de gros retournements de situation, de moments un peu épiques. Même si ces moments existent dans FFX, le rythme reste plus doux, plus délicat, peut-être même un peu lent au final. D'un côté on peut se féliciter d'une narration qui respecte énormément le caractère exploratoire du voyage que l'on entreprend, mais de l'autre côté, l'histoire met pas mal de temps à décoller. Et quand elle décolle, ce n'est pas pour une altitude démesurée.

Et si on rajoute à ça un système de donjon dont l'originalité se révèle finalement peu heureuse, on se retrouve avec un rythme un peu bancal (le coup des donjon avec des enigmes un peu foireuses à résoudre, j'ai connu meilleure idée dans l'Histoire du RPG ...).

Heureusement, le système de combat plutôt bien pensé est là pour redynamiser tout ça. Enfin partiellement ... Car quand on le compare avec beaucoup de choses qui ont été faites depuis, on y retrouve là aussi un rythme plus lent, plus posé, mais laissant indéniablement la place à la construction stratégique et aux choix de combat. Une espèce de déclinaison de tour par tour particulièrement axé sur la capacité des personnages à gratter des tours à l'adversaire et à jouer les points faibles des ennemis.

Mais le plus grand problème de FFX, pour qui y joue en 2015, c'est la mise en oeuvre de mécaniques de gameplay elles aussi très marquées par le début des années 2000. La première - et sans doute pas la plus pénible - c'est l'énorme accumulation de combats. Et c'est vrai qu'à l'époque les combats étaient un peu le coeur des RPG. Aléatoire et sans mention des ennemis sur la carte, impossible d'y échapper. Et on entasse donc les combats plus ou moins intéressant au fil de notre avancée.

Et c'est finalement pas plus mal, mais même pas suffisant. Car FFX fait partie de ces jeux globalement impossibles à finir sans de bonnes séances de leveling. Quand je suis arrivé vers la fin du jeu, et bien qu'ayant globalement pris mon temps pour avancer dans l'aventure, je me suis retrouvé face à un mur. Et pourtant j'ai l'impression d'avoir consacré quelques heures sur FFX à monter les niveaux des personnages. Mais cela ne suffit pas.

Du coup, pour finir le jeu, je devrais m'infliger environ 4-5 heures de leveling en me tournant notamment vers les quêtes annexes. Désolé, mais malgré tout le bien que je pense de ce jeu, malgré sa capacité à nous happer dans une aventure cohérente, malgré ce travail délicat sur les relations entre les personnages, je n'en ai pas l'envie. Ce que j'attends d'un jeu aujourd'hui, ce n'est pas la facilité, mais c'est une courbe de progression cohérente et qui fasse appel à mon habileté de joueur plutôt qu'à ma capacité à m'infliger 10 heures de leveling pour latter ensuite les adversaires avec des hits à 9999 pts.

Et c'est là le plus gros défaut de FFX, cette mécanique archaïque, qui m'aurait sans doute moins perturbé quand j'avais 18 ans, mais dont je trouve aujourd'hui qu'elle n'a aucun sens, si ce n'est de nourrir le fantasme du geek enfermé dans sa chambre pour monter le niveau de son guerrier polyvalent et de son mage blanc.

Résultat un peu honteux : je ne finirai pas FFX, bien qu'il s'agisse d'un jeu d'une grande qualité, une véritable vitrine technique et technologie, une tentative séduisante de mettre entre nos mains un monde d'angoisse et de mort, de développer des relations entre des personnages interessants.

FFX est une très grande réussite de 2000, mais un titre en décalage en 2015.

So sad ...

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