Vieux amis, nouveaux problèmes.

Avis sur Red Dead Redemption II sur PlayStation 4

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Version PlayStation 4

Le premier "jeu d'auteur" de son calibre ?

Je vais volontairement tomber dans un cliché connu avec ce qualificatif. Un raccourci qu'on retrouve dans le cinéma où selon beaucoup, un film d'auteur se veut avant toute autre intention être d'un ennui et d'une soporifique lenteur. C'est une vision simpliste et extérieure qui pourtant peut s'avérer d'une rare justesse si considéré être vu des yeux d'une personne pour qui ce genre ne représente aucun intérêt.

Red Dead Redemption 2 est un jeu d'auteur. Il est bâti sur les bases communes et connues de Rockstar Games.

Là où le titre va trancher avec la feuille de route du studio, encore plus que le premier Red Dead Redemption c'est dans son approche plus naturelle de la narration. Le jeu va jusqu'au bout de ses intentions et même plus loin que ça, jusqu'à risquer l'indigestion.

Réaliste pour l'immersion, lent pour l'exposition et profond pour l'introspection.

Chaque qualificatif est un potentiel problème si vous ne jugez pas utile sa raison d'être...

...et forcément tout ça implique que Red Dead Redemption 2 pourrait s'avérer catastrophique pour untel et inoubliable pour d'autres.

Une histoire de rédemption personnelle, de l'avenir d'un pays et de ses résidents exclus.

Red Dead Redemption 2 raconte l'histoire d'Arthur Morgan par laquelle il dépeint également la fin d'une ère. Celle des l'Ouest sauvage. Les possibilités offertes par ce point de départ sont à ma grande surprise toutes très bien exploitées. Par soucis de proposer un test sans spoiler, je ne m'attarderais pas sur l'histoire d'Arthur Morgan au-delà du fait de dire qu'il s'agit dès lors du personnage de jeu vidéo m'ayant le plus impliqué dans son destin personnel.

Nous voyons les effets de ce changement d'époque non seulement sur notre protagoniste mais aussi sur les membres du groupe de hors-la-loi avec lequel on survit à travers un pays essayant de se soustraire à son passé génocidaire, en quête d'une reconstruction sans les Pistolero d'antan, plus capitaliste et ordonné que jamais.

Un groupe qui est d'ailleurs loin d'être aussi homogène qu'on pourrait le penser. Au-delà de quelques as de la gâchette, nous apprendrons à connaître et apprécier la compagnie d'une panoplie de personnages, tous plus hauts en couleurs les uns que les autres. Le groupe est représenté par des hommes aussi bien que des femmes tous aux passés plus ou moins tragiques. La couleur et le sexe ne veulent plus rien dire. Juste des gens brisés qui se rassemblent au gré de tous préjugés afin de continuer à survivre.

Je pourrais citer des noms qui ne vous parleront pas mais je vais tout simplement vous donner l'assurance que ces noms, dans le cas où j'aurais à les citer, je serais également en mesure de leur associer aussi bien un visage qu'une histoire propre à chacun. Car sous peine qu'on soit engagé à vouloir les connaître, on se rend compte au fur et à mesure à quel point tous semblent si réels et vivants. Le soucis du détail du jeu contribuant grandement à cette caractérisation de grande qualité, un écossais n'aura en général même pas besoin de préciser son origine, son accent vendra la mèche bien avant. Et il existe une myriades d'autres petites touches similaires rendant le tout cohérent.

Le groupe et les camps itinérants ont une grande place dans le jeu. On a le choix de s'y attarder ou pas. Certains pourrait rapidement perdre patience et ne jamais vouloir connaître ses gens, la navigation dans le camp étant limité au rythme de la marche. On ne peut pas foncer d'intérêt en intérêt et tout boucler en quelques minutes.

Le jeu nous oblige à prendre notre temps lors de ces phases essentielles bien qu'optionnelles et si vous n'êtes pas le type de joueurs pouvant prendre plaisir à écouter l'herbe s'écraser sous vos bottes tout en appréciant la contemplation d'un lointain horizon ou d'une plus proche activité environnante, le tout en attendant de faire vos 10 mètres de marche quotidienne pour aller parler d'une personne à l'autre... Vous partirez déjà d'un très mauvais pied l'expérience proposée.

Un monde ouvert conséquent servant plus de toile de fond que de bac à sable

Je tiens avant tout à aborder l'aspect technique du jeu qui à ma connaissance s'avère être le premier monde ouvert (même si Horizon Zero Dawn était déjà pas très mal sur ce point) d'une telle envergure à ne pas présenter un trop apparent popping lors des déplacements à dos d'animal ou de véhicule. Même à grande vitesse, la végétation est visible à plus de 10 mètres et cela va sans dire que ça contribue grandement à la beauté globale du titre qui s'avère exceptionnel à bien des égards, le résultat visuel est d'une clarté telle que je m'abstiendrais de le couvrir d'encore plus d'éloges que nécessaire.

Les environnements sont extrêmement variés et la topographie s'avère bien plus satisfaisante que celui du premier Red Dead Redemption qui se cantonnait surtout aux plateaux désertiques. Le plaisir de parcourir à cheval des lieux aussi crédibles et vivants (des centaines d'espèces d'animaux nous rôdant autour) plaira une fois de plus aux joueurs les plus sensibles à la contemplation et à l'immersion alors que les grandes distances séparant les objectifs en ennuiera probablement plus d'un.

Cette liberté se verra d'ailleurs perdue lors des missions du scénario qui se révèlent souvent très marquants et bien mis en scène mais au prix d'un cloisonnement allant jusqu'à ne proposer qu'une seule manière d'accomplir les objectifs d'histoire. Dirigiste et scripté en mission, libre en exploration.

La générosité folle du jeu le pousse à, une fois son histoire terminée, à proposer à partir du prologue un terrain de jeu supplémentaire absolument énorme et inédite qui s'agit ni plus ni moins de plus de 60% de la map du premier jeu... Dingue!

Et pour quelques dollars et une histoire en plus

Ce qui a été prévu pour casser la routine, en plus des activités récréatives comme le poker, dominos, pêche et chasse. Ce sont les nombreux rencontres fortuites qu'on pourra faire lors de notre exploration.

Les quêtes annexes narratives sont extrêmement soignées et n'ont aucunement à rougir face à la qualité de production des missions principales. Sans être de grandes aventures épiques, elles nous font rencontrer des personnalités toujours aussi bien écrites et intéressantes. Certaines missions offrent d'ailleurs des phases de gameplay inédites comme

être aux manette du premier jouet téléguidé du monde, création d'un savant fou voulant révolutionner les combats sous marins... Délirant mais bizarrement toujours cohérent!

Il faut néanmoins noter qu'ils ne sont pas si nombreux que ça, du fait de leur qualité. Il faut compter environ 10 à 15 heures de plus en supplément à la quête principale que ses missions secondaires ne font que bonifier.

On peut souligner le fait que le jeu n'étant pas un RPG, ses missions annexes n'apportent ni expérience ni suffisamment d'argent pour justifier la peine. Elles offrent néanmoins des histoires, des tranches de vie et la connaissance de certaines merveilleuses personnes qui laissent chacun une empreinte sur les valeurs d'Arthur Morgan. J'échangerai tous les points d'expérience du monde pour passer 10 minutes à pêcher sur une barque au milieu d'un lac en la compagnie d'un vieux vétéran de guerre reconnaissant de lui allouer un peu de mon temps.

Une narration révolutionnaire desservie par des mécaniques vieilissants.

Sans surprise, comme on pouvait le présager à la vue des trailers. Les gunfights n'ont pas bougé d'un iota en 8 ans. Ils bénéficient certes d'une meilleure physique mais on peut vite perdre intérêt à la chasse aux headshots et au système de DeadEye. Surtout quand passé un moment, nous avons plus peur de rater notre action de couverture plutôt que de mourir d'un coup de feu fatal.

Les contrôles bénéficiant de milliers d'animations différentes sont à mon sens ce qu'il y'avait de mieux pour le jeu dans tous les cas, sauf les combats. Là où ils ajoutent grandement à l'immersion en exploration, en combat ils se révèlent plus lourds et contraignants qu'autre chose.

Certains systèmes pourtant essentiels comme la couverture peuvent sans raison apparente ou visuelle ne pas fonctionner, rarement oui mais assez fréquemment pour qu'on s'habitue au problème et qu'on le redoute au moindre déplacement.

Sans être non plus mauvais, et parfois même très plaisants lors de certains moments de tension, les combats sont tout juste "efficaces" et se présentent comme un élément qui de toute façon ne constitue pas le coeur de la proposition. Même si on porte pas grand intérêt à l'action, on regrettera quand même quelques manipulations incohérentes nécessaires à l'accomplissement de tâches pourtant simples.

Un vrai coup à prendre.

En abrégé

Les points positifs

  • Arthur Morgan. Le protagoniste le plus humain et bien écrit qui soit. Une fois le jeu bouclé, on s'en souviendra comme d'un vieil ami.
  • La bande à Dutch. Une famille remplie de personnages forts qu'on remémorera avec nostalgie.
  • L'écriture, d'un niveau rarement atteint. L'histoire étant plutôt classique c'est l'exécution du scénario, l'exceptionnelle caractérisation des personnages et de certains éléments inédits et surprenants dans un jeu vidéo qui impressionnent et marque au fer rouge.
  • Une réalisation de haute volée. Un système de lumière bluffant, des décors aussi vivants qu'agréables à l'oeil. Un décor de choix pour la mise en scène et les cinématiques, véritables héritiers des réalisations cinématographiques de Sergio Leone ou d'un Sam Peckinpah
  • Une bande son qui score le sans faute Les doubleurs font un travail merveilleux, le sounddesign est aussi authentique que possible et le choix des musiques et des chansons... Inattaquable.
  • Des environnements très réussis et cohérents regorgeant de quêtes annexes riches de sens
  • Un épilogue ambitieux au contenu énorme que n'importe quel autre studio aurait vendu à part sans que ça n'éveille les soupçons.

Les points négatifs

  • Des gunfights aux mécaniques vieillissants.
  • Liberté d'approche limitée durant les missions. Il aurait été mieux de laisser le choix de l'infiltration plus souvent avant une bataille
  • Des manipulations pas toujours intuitives, nécessaires à l'accomplissement de tâches parfois très basiques.
  • La modélisation des visages de certains personnages secondaires laissent à désirer. En particulier en ce qui concerne certains personnages féminins et le travail sur les cheveux en général. On a parfois l'impression de voir de la paille plutôt de des cheveux.
Conclusion

Red Dead Redemption 2 s'avérera être une aventure inoubliable qui marquera par ses personnages, ses thèmes et ses événements toujours rondement menés... Pour peu que vous soyez prêts à vous investir dans ce qui s'avère rapidement être une immersion réaliste dans l'Amérique du 19ème siècle. Il ne s'agit en aucun cas d'une révolution venue bousculer vos habitudes de jeu mais plutôt d'une révolution narrative qui par sa seule intention d'oser vendre par palette un jeu que je qualifierai de "niche" se veut révolutionnaire dans l'âme plutôt que dans l'exécution de la totalité de ses éléments.

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