En attendant Asylum

Avis sur Serena sur PC

Avatar Seb C.
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Version PC

Agustín Cordes est un développeur indépendant argentin qui s'est fait connaître avec le génial Scratches (édité en France par Micro Application), un jeu d'aventure et d'horreur qu'il a réalisé avec seulement deux autres personnes au sein d'une structure baptisée Nucleosys. Une petite dizaine d'années plus tard, Nucleosys, trop fragile, a fermé et le groupe s'est éclaté, mais Cordes n'a pas lâché le morceau. Sous son impulsion a été fondé le studio Senscape, dont l'ambition est de reprendre le flambeau de Nucleosys en produisant des jeux dans la veine de Scratches. Après avoir mis au point un moteur maison appelé Dagon, Cordes et son équipe se sont attelés à la production d'un nouveau jeu d'aventure et d'horreur qui est actuellement en phase de peaufinage après être passé, avec succès, par la case Kickstarter. Et voici qu'intervient Serena, projet gratuit et défini par ses créateurs comme open source, alors qu'on attend la sortie d'Asylum. Serena est à vrai dire moins un jeu qu'une démonstration du potentiel de Dagon, le fameux moteur dont Senscape a largement fait la promotion ces derniers mois.

On s'en rendra compte en essayant Serena, Dagon n'est ni plus ni moins qu'une version ultra-évoluée de l'Omni-3D popularisé par les jeux d'aventure Cryo (et par ailleurs employé par Scratches) : le bousin ne consomme presque aucune ressource et, bien qu'il interdise toujours les déplacements "temps réel", supporte un nombre impressionnant de fonctionnalités parmi lesquels une plus large gestion des résolutions (chez votre serviteur, le jeu se lançait en résolution native 1600x900), des effets de particules, des éclairages réalistes, un effet "normal map" sur certaines textures, des cadrages mobiles et une incrustation d'animations d'une grande précision. Serena sera l'occasion d'admirer Dagon à l’œuvre et de voir les progrès parcourus par Cordes depuis l'époque Nucleosys, qui sont franchement flagrants pour qui a passé du temps sur Scratches. Le jeu ne contient en tout et pour tout que la quinzaine de mètres carrés d'une petite cabane dans laquelle on farfouille partout, mais c'est très richement modélisé et texturé, finement éclairé, une multitude de petits détails font saliver. Pour info, Serena est même bien plus joli que la mini-démo d'Asylum diffusée il y a quelques mois. Techniquement, le moteur affiche des performances impressionnantes pour du jeu d'aventure et donne beaucoup mieux l'illusion de la 3D que Scratches. Le relief donné à certaines textures et le léger mouvement appliqué à la caméra amplifie la sensation de jouer à un très beau jeu en full 3D, qui s'estompe bien sûr une fois qu'on se déplace écran par écran.

Il n'y a pas grand chose à dire d'autre, si ce n'est qu'on retrouve dans Serena le style d'Agustín Cordes dans l'histoire et l'atmosphère. Cellar of Rats, le musicien de Scratches, a laissé sa place à des compositeurs signant des mélodies plus consensuelles mais tout de même très jolies. Le "jeu" dure une demi-heure grand maximum et l'unique mécanique de gameplay consiste à examiner des éléments du décor pour faire resurgir les souvenirs du narrateur, ce qui autorisera certaines interactions qui sont interdites au départ (ouvrir un coffre ou une armoire). La structure narrative et les méthodes employées pour angoisser le joueur rappellent très fortement Scratches, qui fonctionnait sur le même mode opératoire. La fin du jeu, qui fait intervenir des personnages de chair et d'os en les représentant de façon crédible tout en contournant les limitations techniques (réelles) imposées par le moteur, en rappelle surtout l'un des meilleurs moments (séquence de la chaudière, anyone ?). Sans trop en dévoiler, on se réjouira de constater que Cordes n'a rien perdu de son style, et surtout qu'il a compris ce qui faisait une grande partie du charme de son jeu maintes fois primé. Serena montre tout le potentiel technique de Dagon et apporte la preuve que ses développeurs semblent décidés à conserver les "mécaniques d'angoisse" mises au point dans Scratches, et qui semblent ici approfondies, mûries, même si terriblement condensées sur une courte durée. S'il emprunte la même voie (ce qui devrait être le cas), Asylum pourrait bien reproduire l'exploit de son prédécesseur. En attendant, jouer à Serena, et se (re)faire Scratches seront d'excellents moyens de rallumer la foi, d'espérer de nouveau flipper bientôt, et pour de vrai, dans un jeu vidéo.

(Critique de Scratches en lien)

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