J’étais là en 2012 à regarder le célèbre PewDiePie sur Youtube et ses fameuses parties commentées sur toutes les déclinaisons officielles ou communautaires d’Amnesia. Oui, je suis un fossile d’un autre âge. Cette phrase d’introduction pour vous dire qu’Amnesia : The Dark Descent (2010), Penumbra : Overture (2007) et Penumbra : Black Plague (2008), tous du même développeur Frictional Games, font partie de mon bagage vidéoludique depuis presque vingt ans. Les ressorts mécaniques de la peur, les fameux scripts, la linéarité propre au genre, la notion de folie relative aux univers lovecraftien sont des éléments de game design dont je connais la grammaire quasiment par cœur. J’ai adoré ces jeux car ils étaient pour moi, en dehors des grandes licences habituelles (Resident Evil ou Silent Hill), mes premiers jeux d’horreur sortant des sentiers battus. À l’époque, ces jeux n’existaient que sur PC, sans simplification excessive ni ambition de plaire au grand public sur console, et s’adressaient à un public de niche en quête de sensations fortes. C’est le célèbre vidéaste suédois qui m’a appris l’existence de cette franchise à l’époque, ce serait mentir que de prétendre l’inverse, et depuis un long chemin fait de surprises et jeux d’horreur en tout genre a été parcouru jusqu’à cet Amnesia : The Bunker (2023).

Un titre au final sans grande surprise, plutôt sympathique dans l’ensemble, en particulier si vous êtes un tantinet nostalgique du monde d’avant 2015 pour des raisons politiques comme vidéoludiques. Amnesia : The Bunker, sans surprise, reprend à la lettre les codes d’un genre que les développeurs ont plus ou moins créés (je le rappelle) soit, progresser dans un environnement plus ou moins clos en résolvant des énigmes et des interactions, en trouvant des objets importants, tout en échappant à un monstre qui gravite autour de vous. Si vous chercher l’inspiration de l’excellentissime Alien : Isolation (2014), c’est du côté de chez Frictional Games qu’il faut explorer. Malheureusement, cette dernière itération d’Amnesia n’est pas à la hauteur du titre précédemment cité. Premièrement, je trouve que le contexte de la Première Guerre Mondiale, des tranchées, bref de la guerre dans son ensemble n’est pas aussi bien exploité que dans un titre comme Ad Infinitum (2023) sorti la même année. Attention, in fine, j’ai trouvé Amnesia : The Bunker plus convaincant que la proposition d'Hekate mais il ne parvient pas à rendre crédible ni intéressant la période passionnante et triste à la fois de la Grande Guerre.

Deuxièmement, il est temps que les développeurs changent un peu les mécaniques éculées d’Amnesia. On connaît par cœur l’attitude de la menace qui vous tourne autour comme une mouche à merde attirée par de la confiture. C’est prévisible et atomise en quelques heures à peine la peur qu’instillait autrefois la licence aux joueurs. Nous sommes en 2026 messieurs, la formule de 2010 ne fonctionne plus sauf vraiment pour les néophytes du genre et encore, permettez-moi d’en douter. Les animations de la créature, ses réactions, son intelligence, sa capacité à surprendre (hors script) sont à la ramasse. Au final, et après 5-6 heures, on joue à Amnesia uniquement pour suivre l’histoire et résoudre les énigmes. En ce qui me concerne la dimension horrifique était malheureusement reléguée au second plan. Ce n’est pas normal. Si je suis dur avec la franchise, c’est parce qu’elle a compté pour moi dans mon exploration vidéoludique. Avant Amnesia, je ne jouais pas aux jeux d’horreur. Donc voir The Bunker être aussi médiocre me fait un peu de la peine même si, au final, je le trouve bien moins pénible dans son cheminement que certains autres jeux d’horreur modernes type Ad Infinitum.

Côté réalisation, pour un jeu du genre, c’est acceptable sans être exceptionnel. Les environnements sont détaillés, il y a de beaux effets de lumière, mais la direction artistique globale ne m’a pas convaincu plus que cela. Tout est très terne, marron du fait du contexte (les tranchées). Le peu d’environnement extérieur que l’on traverse ne sont pas très joli, il faut être honnête. Avec The Bunker, nous sommes dans la moyenne haute du genre mais en 2023, nous étions en droit d’attendre plus. Point positif par contre : le moteur du jeu reste toujours aussi excellent. On peut saisir n’importe quel objet, le manipuler à 360°, jeter n’importe quoi n’importe où. Cher lecteur, je rappelle que les trois quarts des jeux d’horreur actuels sur Unreal Engine 4 ou 5 sont des jeux « vitrines », ultra linéaires et avec absolument aucune interaction possible. Donc, rien que pour cela, Amnesia mérite le respect.

Fini en presque 9h et avec 79% des succès, j’ai globalement apprécié mon aventure. Amnesia : The Bunker reste un jeu honnête, sans prétention excessive et destiné aux dinosaures comme moi et aux néophytes qui débutent dans le genre. Si je ne regrette pas d’y avoir consacré quelques soirées, il va sans dire que magie des débuts s’est émoussée de part une conception éculée des mécaniques de l’horreur. On connaît par cœur les ressorts et on voit tout venir, sans parler du comportement de la menace trop prévisible. Evidemment, Frictional Games mérite toujours un grand respect pour son moteur physique unique, les jeux exceptionnels qu’ils ont accouchés (j’ai oublié le chef d’œuvre SOMA en 2015) et son refus de la simplification à outrance, mais il est temps qu’ils osent vraiment autre chose que de recycler leurs propres recettes ad vitam aeternam. La série qui m’a appris à beurrer des couches en 2010 me laisse aujourd’hui avec un sourire nostalgique et un peu triste. Je recommande quand même pour le panache !

silaxe
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le 21 mars 2026

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