Le calvaire est enfin terminé. Tentative de lecture en 2015 : ratée et de loin. Tentative de lecture en 2018 : ratée et de loin. Suite au triste incendie de Notre-Dame en avril dernier, j'ai décidé de m'y coller une ultime fois et ça y est, j'ai enfin terminé ce classique de la littérature française du XIXème siècle. Je ne prétends pas posséder le bagage culturel en littérature pour pouvoir faire une critique de haute volée. Il est évident qu'une multitude de concepts, de références et de connaissances me manquent pour en apprécier pleinement la saveur. En revanche, je saisis tout à fait le contexte historique dans lequel s'inscrit le roman de Victor Hugo : le courant Romantique en littérature autant qu'en peinture, le renouveau de la mode et du goût pour la période médiévale, les restaurations de Viollet-le-Duc, Prosper Mérimée, la création du "label" Monuments historiques suite aux dégradations post Révolution française etc. De là, il est assez simple d'appréhender la genèse du roman et l'amour de l'auteur pour l'architecture ancienne est omniprésent.
Cependant, et j'irai droit au but, la lourdeur et l'anarchie dans l'agencement des chapitres m'ont donné envie une nouvelle fois de jeter le livre par la fenêtre. Sur 700 pages d'histoire, seules les 200 dernières font véritablement avancer le scénario. Pendant les 500 premières, il ne se passe rien ou presque, on se fait chier avec des descriptions et des considérations à rallonge. Lorsqu'on lit les 42 583 notes en fin de livre, on s'aperçoit que la construction du roman fut chaotique. On se demande comment écrivait Hugo à l'époque et s'il n'était pas un peu addict à la boisson.
Les personnages sont simplistes et caricaturaux à l'excès (peut-être est-ce volontaire, à vrai dire je n'en sais rien), mais cela m'a déplu : Claude Frollo rejette du jour au lendemain sa vie d'ascète et d'intellectuel catholique pour une femme, Esmeralda est débile et naïve à manger du foin, le capitaine Phoebus est un enfoiré de première accro au cul, Quasimodo est un sous-homme des cavernes d'une violence inouïe dès qu'il est agacé, Clopin est un clochard de la Cour des Miracles impitoyable. On est loin des standards Disney… Cela dit, ce n'est pas un problème en soi seulement, je m'attendais à davantage de profondeur sur cet aspect. Las également de la fascination morbide de l'auteur pour la peine de mort. Il en fait des caisses et tous les détails sont là.
On appréciera quand même la description fidèle d'un Paris médiéval plus vrai que nature, les notes d'édition qui permettent de contextualiser le roman voire le travail d'écriture en lui-même, le personnage rocambolesque de Pierre Gringoire, la fin inattendue puis la lente et constante montée du suspense jusqu'au dénouement final. Lorsque Victor Hugo mentionne la charpente de la cathédrale surnommée "la forêt", j'ai évidemment eu un gros pincement au cœur. Le souvenir de cet édifice en train de brûler est encore vivace. C'est pour honorer Notre-Dame, son histoire et sa beauté que j'ai lu Victor Hugo.
Bien évidemment que Notre-Dame de Paris demeure un classique, à juste titre, mais encore faut-il apprécier son auteur, sa vie et son œuvre. Personnellement, plus le temps passe et plus j'ai du mal. Enfin, jamais je ne pardonnerai les éditions "Livre de Poche" pour cette préface de 150 pages longue et chiante à en crever.