Les jeux vidéo adaptés d'autres supports, c'est traditionnellement le terrain du n'importe quoi. Souvent des jeux faits à la va-vite, ils ne font généralement reposer leurs arguments de vente que sur le nom de la licence adaptée.
Mais avec Arkham Asylum, Rocksteady donne un gros coup de pied dans la fourmilière.
Batman stoppe le Joker... à nouveau. Il l'emmène directement à l'asile d'Arkham personnellement, et suspectant une manigance du clown du crime, il escorte son incarcération jusqu'au plus profond de l'asile. Les craintes du Chevalier noir étaient fondées : le Joker est parvenu à faire transférer ses hommes de main du pénitencier de Blackgate à Arkham, et a pris le contrôle de l'île... mais il semblerait que la situation soit encore pire que ce que Batman imagine.
Voilà en substance le scénario de ce jeu. Bon, ça vole pas bien haut, et pire encore, il reste un élément (le projet Titan) que je ne dévoile pas, et qui est vraiment franchement lourdingue, une excuse bidon pour balancer des adversaires balèzes.
Mais bordel que ce jeu est bon malgré tout.
Concrètement, BAA se présente comme un Metroidvania mâtiné de Zelda (pour les donjons et l'importance de l'inventaire) dans l'univers de Batman. Le héros parcourt l'île pour résoudre le mystère et se voit confronté à tout un tas de super-vilains. Le jeu s'efforce de présenter au joueur une grande variété de situations et de lui donner plusieurs façons de les résoudre. Ainsi la plupart du temps le joueur sera confronté à deux types de combats : les combats au corps à corps, où Batman fait montre de toute sa maitrise des arts martiaux, et les combats contre des ennemis équipés d'armes à feu, qui seront des phases d'infiltration en réalité, demandant au joueur de neutraliser un par un les ennemis sans se faire voir, sous peine de se faire très vite exécuter. À cela s'ajoutent des phases de plateforme, d'exploration, d'énigmes (très simples), ou encore des combats bien spécifiques, comme les phases contre l'Épouvantail...
On a donc l'impression d'avoir plusieurs jeux en un. Si cela est louable, force est toutefois de constater que ça a ses défauts également. Le premier c'est la trop grande facilité de l'ensemble. quoi qu'on fasse, difficile de se trouver vraiment dans des situations qui vont demander de savoir maitriser toutes les aptitudes de Batman au quart de poil pour s'en sortir, y compris en difficulté maximale, et c'est bien dommage, car Batman peut faire plein de choses, en particulier dans les phases d'infiltration (explosifs à distance, grappin, tyrolienne, batarangs sont quelques-unes des nombreuses possibilités offertes au joueur pour vaincre les sbires du Joker, sans compter les actions contextuelles en tous genres), mais au bout du compte, c'est rare qu'on s'en serve tant les ennemis sont bêtes et Batman efficace sans tout cela. Le deuxième problème, c'est l'articulation totalement artificielle des situations. Les phases d'infiltration, par exemple, commencent lorsque Batman entre dans une pièce et réalise qu'elle est pleine de gardes armés. Sauf que lorsqu'on a une arme et qu'on garde un endroit... on va surveiller les points d'accès, non ? Et donc Batman serait déjà mort un bon nombre de fois en ouvrant bêtement une porte. Dans la même logique, dans les phases de combat au corps à corps, il est impossible de se retrouver à affronter un groupe d'adversaires équipés d'armes à feu. Généralement au moment où vous commencez le combat, il y a une personne avec une arme à feu, et vous la neutralisez avant qu'elle tire, laissant les autres vous assaillir avec leurs poings. Un peu débile, non ?
Mais tout ça est excusable grâce à l'ambiance remarquable du jeu. Affublé aussi bien en anglais qu'en français des doubleurs de l'univers, doté de graphismes qui font encore aujourd'hui pâlir d'envie une grande partie de la concurrence, mais surtout, conçu avec amour et minutie, dans le souci du moindre détail, Arkham Asylum fascine. L'univers de Batman prend réellement vie devant les yeux des fans, qui passeront des heures à scruter le moindre recoin du jeu en quête de clins d'oeil ou de références.
C'est finalement cela qui rend le jeu incontournable voire même légendaire. Impossible de ne pas y ressentir le profond amour des développeurs pour leur bébé.