All he needed was to find a new clue...

Vous arrivez dans une belle demeure isolée dans son domaine, à flanc de falaise, dominant le paysage tout entier. Vous venez d'en hériter... sous réserve que vous trouviez la 46e pièce d'un manoir en comptant 45. Vous vous lancez dans l'exploration d'une vaste maison qui devra être reconstruite chaque jour, pour en trouver tous les secrets... Vous vous perdez dans ses recoins, ses cul-de-sacs, vous vous plongez dans ses mystères et ses énigmes. De jour en jour, vous dessinez des liens, reliez des indices, découvrez de nouveaux chemins. Et un jour, vous atteignez la chambre numéro 46...

Blue Prince est un jeu qui résiste au commentaire, tant il gagne à être abordé à l'aveugle. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore découvert, sachez donc uniquement ceci : c'est un jeu d'énigmes structuré comme un roguelike (à chaque run une nouvelle version du manoir, défini sur une grille, le jeu vous proposant à chaque porte une sélection aléatoire de trois pièces), merveilleusement fouillis et complexe, absolument excellent, qui nécessite impérativement de prendre des notes en parallèle. Une maîtrise minimale de la langue anglaise est également un pré-requis : non traduit, un certain nombre d'énigmes repose sur des jeux de mots plus ou moins tordus et autres associations d'idées. Avis aux amateurs ! Et pour les autres...


Blue Prince est un jeu à tiroir, ou un oignon, ou n'importe quelle métaphore appropriée : il s'apprivoise progressivement et sait, au milieu de son manoir sans cesse régénéré, ménager ses effets et créer de vraies surprises. Les énigmes sont une part de l'équation : abordées initialement pièce à pièce, avant de découvrir des mystères plus large (interactions entre deux pièces ou plus, sans parler de celles qui s'étalent sur toute la carte... et en dehors !), ce qui nourrit une forme de paranoïa où tout, même le détail le plus insignifiant, devient une source de questionnement... et de prise de note associée.

Mais aussi concernant la construction narrative : par petites touches, entre le récit personnel de Simon et ses relations avec sa mère, son oncle et le reste de son arbre généalogique, et dans la découverte du monde au sens large. Je m'étais laissé dire, un peu facilement, que le jeu devait se passer dans un quelconque coin perdu de l'Amérique du Nord, au début des années 90 – c'est en tout cas ce qu'il voudrait probablement laisser supposer. Avant, à force d’accumuler les morceaux (un livre censuré, un extrait d’article, un journal intime), de se rendre compte que non, tout ceci se déroule en réalité dans un monde secondaire bien fictif, et que le récit familial de Simon était bien une pièce de ce gigantesque puzzle... tout ceci concourt à l'atmosphère de suspicion généralisée entretenue soigneusement par le jeu : tout est (peut-être) un indice (mais on ne sait pas encore de quoi), et surtout ce qui ne l'est pas.

Ayant atteint la chambre numéro 46 en une grosse quinzaine d'heures, le risque au-delà est que le soufflé retombe : sans objectif précis au-delà des multiples questionnements restants, le manque de motivation pourrait se faire sentir. Heureusement le jeu a plus à proposer : mystères et portes dérobées, il en reste beaucoup à faire ! La découverte d'éléments contribuant à simplifier l'expérience de jeu – plus de ressources au départ, découverte de raccourcis bien pratiques – rend également l'exploration plus fluide et moins frustrante, plus dirigée.


Blue Prince est un objet confondant, qui force le respect par une maîtrise impressionnante de ses effets et de son rythme en dépit d’une structure dépendant largement de l’aléatoire. Un lent effeuillage obsédant, qui habite durablement les pensées du joueur, une présence constante qui pousse à y revenir, encore et encore, parce qu’il reste toujours quelque chose à creuser là-dedans.


Après quelques dizaines d'heures de jeu en plus... Blue Prince force l'admiration. Son inventivité est constante, les recoins dissimulés innombrables, la cohérence de l'ensemble remarquable. Toutes les énigmes sont supportées par quantité d'indices redondants, il est (en dehors de quelques puzzles particulièrement capillotractés) toujours possible de s'en sortir. Les sauts narratifs et les révélations s'enchaînent à rythme régulier, tant et si bien qu'il est extrêmement difficile d'en décrocher. Just one more day... Une fois n'est pas coutume, réévaluation à la hausse de la note : Blue Prince est un putain de chef-d’œuvre.

Penro
10
Écrit par

Créée

le 15 janv. 2026

Critique lue 16 fois

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